Echos de la Butte Rouge n° 6 – Saison 2

Sommaire

Editorial

ECHOS DE LA BUTTE ROUGE

Saison 2 – n°6                                                                                                       16 février 2026

Diviser pour régner

    Chères lectrices, chers lecteurs,

Vous souhaitez que le quartier de la Butte Rouge soit plus sûr, plus convivial ? Le « projet de rénovation de la Cité-Jardin » vous rassure ?

La sécurité et la quiétude sont essentielles à la qualité de vie. Personne ne peut le contester.

En ce temps de carnaval —moment traditionnel où les masques tombent — les porteurs du projet de rénovation promettent un avenir meilleur, tandis que les permis de démolir des premiers bâtiments roses sont en cours d’instruction.

Nous avons déjà pointé à plusieurs reprises la dissonance entre un discours qui raconte la dégradation du bâti de la Butte Rouge comme une fatalité, et la réalité qui résulte de choix concrets : absence d’entretien durable, vacance prolongée d’appartements que l’on préfère murer, au nom de la « sécurité ».

Dans cette infolettre, nous interrogeons la promesse d’un « quartier rénové » en examinant les réels impacts sociaux et urbains du projet.

La question que nous posons relève du simple bon sens.

Dans une époque marquée par l’instabilité économique, politique et écologique, qu’est-ce qui crée réellement la stabilité d’un territoire :
   • une restructuration, sur de très longues années, impliquant la rupture d’un tissu urbain parfaitement cohérent ?
   • ou la réhabilitation continue de l’existant, dans un délai maîtrisé ?

C’est ce choix que nous vous invitons à regarder lucidement.

Association Châtenay Patrimoine Environnement

Rompre le tissu urbain

ACTUALITÉS

En découdre avec la Butte Rouge

On vous parle de « rénovation » de la «Cité-Jardin.
Mais ce qui se prépare est bien plus profond.

Les premières démolitions sont en préparation. Les habitants sont « relogés ». Le nombre de logements sociaux doit diminuer drastiquement, tandis que de nouvelles catégories de logements plus coûteux sont programmées.

Présentées séparément, ces décisions sont formulées comme des mesures techniques, inscrites dans une logique de gestion et de modernisation.

Mais mises bout à bout, elles dessinent une recomposition structurelle de la Butte Rouge.

Un quartier ne change pas seulement quand on refait ses façades. Il change quand sa population se modifie.
Lorsque des habitants installés de longue date partent, ce sont des réseaux, des habitudes, une mémoire collective qui sont déplacées, voire disparaissent avec eux.

Lorsque les conditions d’accès au logement évoluent, le profil socio-économique du territoire évolue aussi.

Ce processus n’a rien d’abstrait. Il est documenté : modifier la structure résidentielle d’un quartier transforme durablement sa trajectoire sociale — et, à terme, ses équilibres locaux.

Ce qui se joue ici dépasse donc la simple « amélioration » du bâti et des « espaces verts ». Ici, on s’engage à une modification du tissu humain, urbain et paysager qui fait vivre la Butte Rouge.

La question n’est pas de refuser le changement.
Elle est de savoir si la stabilité d’un quartier se construit en réhabilitant un ensemble existant — ou en le défaisant pour le recomposer autrement.

Il est urgent de penser les conséquences à long terme — et les effets déstabilisants immédiats — d’un chantier annoncé sur une quinzaine d’années, sans compter les délais induits par différentes actions en justice déjà en cours et à venir.

Fragmenter une œuvre globale

MÉMOIRE EN CHANTIER

La pensée disruptive

Avant que ne soient entreprises les démolitions et les densifications, il y a une manière de penser.

Pour transformer en profondeur la Butte Rouge, il faut d’abord la considérer comme divisible. Non plus comme une œuvre cohérente — architecture, paysage, habitants, mémoire — mais comme un « site » composé d’unités distinctes.

Un bâtiment peut alors être isolé de son ensemble.
Un logement peut être dissocié du voisinage qui lui donne sens.
Un îlot peut être traité indépendamment de la continuité urbaine et paysagère dont il fait partie.

C’est cette pensée fragmentée qui rend la recomposition possible. Elle en est la conditions sine qua non.

Présentée ainsi, la transformation paraît technique : on démolit ici, on reconstruit là, on reloge ailleurs. Chaque décision est prise secteur par secteur, indicateur par indicateur.

Mais un quartier ne fonctionne pas par fragments. Il tient par continuité. C’est cela le génie de la Butte Rouge comme œuvre globale à protéger.

La stabilité d’un territoire repose sur des équilibres invisibles : des réseaux de voisinage, une mémoire partagée, une occupation constante des logements, une connaissance mutuelle des lieux et des personnes.

Lorsque l’on fragmente ces continuités — conceptuelles, spatiales et sociales — on bascule dans une période longue d’incertitude.

Un chantier étalé sur une quinzaine d’années, des démolitions successives, des départs et des arrivées échelonnés : tout cela produit des transitions instables.

La sécurité durable ne naît pas de la seule transformation physique. Elle naît d’un tissu habité, cohérent, vivant.

C’est pourquoi la question dépasse la technique.

Penser la Butte Rouge comme un assemblage modulable conduit à des ruptures multiples.

Penser la cité-jardin comme un organisme cohérent – conduit à des consolidations.

Séparer les habitants

GÉNIE DU LIEU

Témoignages

Le plan de destruction/rénovation prévu par la mairie se répartit ainsi : seulement 9% des bâtiments de la Butte Rouge seront protégés, 41% seront partiellement protégés et 50% peuvent être détruits/reconstruits (avec création de sous-sol à deux niveaux de parkings, et des bâtiments élargis et surélevés). On constate ainsi que l’ensemble de la Butte Rouge sera complètement défiguré et perdra son caractère unique. Le projet promet que les habitants seront relogés pour se retrouver dans de meilleures conditions.

Selon un habitant de longue date, « quand les belles déclarations disent que « tout le monde sera relogé, et mieux relogé », il faut entendre : « sera relogé ailleurs et plus cher et dans des quartiers qui n’ont pas l’environnement de la cité-jardin ».

« Ceux qui partent, il y en a qui avaient des quatre pièces, on les reloge, mais à prix équivalent, ils n’ont plus que deux pièces. Une voisine a été relogée dans un autre immeuble, un peu plus loin, mais celui-ci sera démoli plus tard, alors elle finira par partir ou par re-déménager. Pour l’instant, elle ne défait pas ses cartons, car elle pense qu’elle reviendra. Plusieurs de ces habitants et habitantes expriment leur désarroi, en disant « on n’a plus de chez soi ».

Une autre habitante raconte ce qui s’est passé dans un immeuble d’un secteur dans lequel de nombreux immeubles ont été vidés :

« Souvent les personnes sont relogées dans un autre secteur de la Butte Rouge qui risque d’être également démoli, pour les personnes âgées, c’est dramatique. Elles en souffrent beaucoup, sont complètement désorientées et certaines décèdent peu après ces déménagements ».

« Par ailleurs », rajoute-t-elle, « il y a une dame âgée qui est partie, six mois plus tard, ses cartons n’étaient toujours pas défaits, ni sa télévision rebranchée, elle n’y arrivait pas. »

« Ce qui est le plus dur, c’est de ne pas savoir », renchérit une autre personne de la Butte Rouge, « on nous dit qu’on sera relogé mais on ne sait pas ce que l’on aura précisément, donc on ne sait pas si on pourra garder nos meubles. Les personnes âgées peuvent facilement être impressionnées et vont se laisser faire facilement, perdant un trois ou quatre pièces pour se retrouver dans deux pièces ».

Sauvons la cité-jardin de la Butte Rouge

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