Paysages
La lumière de l’équinoxe nous attire vers l’extérieur où la vie reprend ses droits. C’est le moment de découvrir la Butte Rouge sous l’angle du « paysage ».
Dans notre quinzième infolettre, nous vous présentons le génie du paysagiste André Riousse, ainsi que les jardins familiaux qui font partie intégrante de l’œuvre globale.
C’est dans la cité-jardin de la Butte Rouge que la notion de « paysage » prend tout son sens, à savoir un espace d’expérience et de pensée dont l’aménagement condense une certaine vision du monde, de la nature et de la société.
Prenons-en de la graine pour bonifier nos manières d’habiter.
L’association Châtenay Patrimoine Environnement
André Riousse
Le paysagiste André Riousse a joué un rôle central dans la conception de la Butte Rouge. Il fut le premier à prendre en charge une fonction généralement dévolue aux architectes, celle de concevoir un ensemble de perspectives intégrant le bâti dans un paysage, en osmose avec ce site. Riousse s’inscrit ainsi pleinement dans la vision d’Henri Sellier qui avait souci d’une éducation à la beauté grâce aux lieux de vie et aux habitations proposées à la population. Il fut également un précurseur quant au métier de paysagiste tel que nous le connaissons à l’heure actuelle.
Une ancienne habitante décrit la cité-jardin en évolution : « Lorsqu’on a emménagé avec mes parents, on était parmi les premiers habitants des bâtiments qui ont été construits dans le quartier des aviateurs*. Le parc Léonard-de-Vinci* n’existait pas encore. Il y avait seulement les grands arbres, et tout autour, c’était une grande prairie avec des herbes très hautes. ».
André Riousse sut exploiter les perspectives existantes, les arbres de l’ancien parc royal et le vallon creusé par le ru de Châtenay*. Il choisira les espèces qui seront plantées, mais veillera à conserver le végétal existant, par exemple, rue Lucien-Herr, des châtaigniers anciens*, tandis que de l’autre côté, des jardins familiaux seront plantés. Les arbres, composante essentielle du paysage, permettent, grâce à leur présence végétale, de relier, d’unifier espaces clos et espaces ouverts, en ménageant des vides autour des bâtiments, en épousant les déclivités.
Murets, places agrémentées de pièces d’eau, emplacements protégés au cœur des îlots ponctuent l’espace et donnent son identité visuelle à la Butte Rouge. On parvient à un équilibre entre la structure d’ensemble et les détails qui la constituent, une cohérence s’établit entre les différentes échelles du plus petit au plus vaste par le biais d’espaces intermédiaires, balcons, loggias, fenêtres, parvis ainsi qu’entre le bâti et l’extérieur au moyen de bosquets, de clôtures, d’alignements. Ainsi le dehors et le dedans se côtoient, se rencontrent sans rupture, tout en gardant chacun leur spécificité et leur vocation propre.
Dans la cité-jardin de la Butte Rouge, nous sommes aux antipodes de la notion abstraite d’«espace vert», sans lien avec le milieu. Ici, nous nous tenons dans un paysage porteur d’une conception humaniste du vivant et des éléments. C’est une forêt-jardin habitée, une cité façonnée à l’image des arbres et des herbacées* qui sont les premiers architectes-paysagistes du monde.
* Voir infolettres n°13, n°4, n°2, n°3, n°6.
Jardins familiaux
Quand on remonte l’escalier de la rue Lucien-Herr, de part et d’autre des marches, on chemine dans l’univers enchanté des jardins familiaux. Dans ces petites parcelles où poussent des légumes de garde et des légumes verts, de petits fruits, des arbres fruitiers et des fleurs, la productivité côtoie la poésie, le soin de la terre cultive l’art de vivre en autonomie. Des jardins potagers semblables fleurissent ailleurs dans la cité-jardin, notamment dans la partie la plus ancienne de la Butte Rouge.
« Perché en hauteur, rue Charles-Longuet, vers le côté donnant sur le marché, se trouvait notre « petit jardin », un jardin libre d’accès, pour méditer, cueillir des groseilles à maquereaux, étendre le linge, un jardin libre de vie, qui permettait d’étendre l’espace quand la famille s’était agrandie », écrit Michèle qui a été élevée dans la cité-jardin avec son frère et ses sœurs.
L’histoire des jardins familiaux ou « jardins ouvriers » remonte au XIXème siècle. Ces parcelles sont alors mises à disposition par les collectivités et doivent être gérées par une association. Si ces jardins ont pour objectif d’offrir un complément alimentaire, ils sont aussi destinés, à l’origine, à contrebalancer les conditions de travail pénibles en usine et leurs effets sur la santé et le lien social. À la différence de la majorité des jardins familiaux qui se trouvent souvent en marge des zones urbaines, ferroviaires et industrielles, les jardins de la Butte Rouge font, eux, partie intégrante de la cité-jardin pensée dans sa globalité. Ils sont nichés dans le paysage créé par André Riousse, paysage qui fut conçu comme un parc en réseau avec d’autres parcs du Sud parisien.
De la grande à la petite échelle, la Butte Rouge est un lieu de vie fractal dans lequel on découvre sans cesse des espaces à l’intérieur d’autres espaces, sans jamais enfermer le regard ou entraver le chemin. C’est cette absence de barrières physiques qui rime dans le vécu de nombreux habitants avec une absence de barrières sociales, vécue au quotidien, incorporée. Nous sommes loin ici des « jardins privatifs » et autres prés carrés qui seraient le privilège de quelques-uns, dans un milieu urbain où la nature est reléguée à la périphérie de la société.
La Butte Rouge est, là encore, en avance sur notre temps. La « nature en ville » y est bien plus qu’un concept écologique : c’est un projet de société traduit en paysage à la fois social, culturel et naturel, comme un monde miniature.
Actualités
Butte Rouge : enquête publique « environnementale » (7 avril au 16 mai 2025)
Accédez aux documents de l’enquête dès le 7 avril.
https://www.registre-numerique.fr/etude-impact-cite-jardin-chatenay-
malabry/documents
« Compte tenu de la nature et de l’importance du projet de rénovation urbaine et
de restauration paysagère de la Cité-Jardin, celui-ci est soumis à une étude
environnementale qui doit faire l’objet d’une enquête publique au stade de la
première demande d’autorisation d’urbanisme. »
Elle concerne :
1) le projet municipal de rénovation urbaine de la Cité Jardin
2) la réhabilitation architecturale et la rénovation énergétique de trois bâtiments
avenue Saint-Exupéry
Renseignements :
https://www.notre-territoire.com/enquete/362156
L’avenir de la Butte Rouge se joue désormais au Conseil d’État.
Le classement au rabais de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry permettra de détruire 50% de la Cité-jardin, tout en ne protégeant que partiellement les 50% restants : des associations locales et nationales ont déposé un recours au Conseil d’État contre un arrêté de classement partiel en Site Patrimonial Remarquable (SPR) promulgué par Madame Rachida Dati.
Bonus
« La cité-jardin de la Butte Rouge : un idéal à sauver »
Extrait de la conférence de Jean-Louis COHEN le 15 mars 2019 à Châtenay-Malabry.
