Echos de la Butte Rouge n° 10 – Saison 2

Sommaire

Editorial

ECHOS DE LA BUTTE ROUGE

Saison 2 – n°10                                                                                                                      22 juin 2026

TREIZE ANS DÉJÀ

    Chères lectrices, chers lecteurs,

Avant la pause estivale, nous avons choisi de consacrer cette dixième infolettre de la saison 2 à notre effort collectif. Quel effort !

Depuis treize ans, la défense de la Butte Rouge a donné lieu à une mobilisation citoyenne exceptionnelle. Habitants, associations, chercheurs, architectes, urbanistes, experts, journalistes, photographes et bénévoles ont contribué à faire connaître, comprendre et transmettre ce patrimoine unique. Des archives ont été constitués, des témoignages recueillis, des études produites, d’innombrables visites organisées, des recours déposés et des soutiens obtenus bien au-delà de Châtenay-Malabry.

Face à cette incroyable énergie collective, qu’a produit la municipalité ? Les mêmes éléments de langage; les mêmes images de synthèse; la même pauvreté patrimoniale; une fin de non recevoir systématique. Comme si les années de mobilisations autour d’une cité-jardin mondialement reconnue ne laissaient aucune trace. Comme si la Butte Rouge n’était qu’un objet administratif à gérer.

Cette étrange dissociation interpelle. Elle sera le fil conducteur de cette infolettre. 

Car au-delà de la Butte Rouge, ce constat révèle une question plus vaste: que reste-t-il de l’action publique lorsqu’une ville produit sans cesse du savoir, de la mémoire et de nouvelles formes de solidarité, tandis que le pouvoir en place poursuit sa trajectoire, comme étranger à l’histoire du lieu et à la réalité des habitants qu’il est censé représenter ?

Association Châtenay Patrimoine Environnement

Stop aux démolitions

ACTUALITÉS

Le rendez-vous avec notre époque

La chaleur est suffocante ce mercredi 17 juin, la France subit son deuxième épisode caniculaire de l’année, après un record historique enregistré en mai dernier.

Mais rien n’empêche les associations (STOP démolitions, Sauvons La Butte Rouge, ACPE) et citoyens engagés de manifester devant la Préfecture de Région située dans le 15ème arrondissement de Paris, en présence de deux députés et de nombreux journalistes.

Le message est simple : « Monsieur le Préfet, ne signez pas les permis de démolir. »

Les manifestants demandent à l’État d’intervenir face aux destructions irréversibles programmées à la Butte-Rouge et de garantir le respect des procédures contentieuses actuellement en cours. Une lettre a été remise au préfet de région.

Les enjeux du dossier dépassent désormais largement le cadre d’une opération locale d’urbanisme. Climat, justice sociale, écologie: la Butte-Rouge se trouve aujourd’hui au croisement de toutes les grandes questions urgentes auxquelles les politiques publiques se doivent répondre de façon concrète. À l’heure où l’on cherche à inventer les écoquartiers de demain, la cité-jardin offre déjà nombre des qualités aujourd’hui recherchées : logements traversants, abondance d’arbres et de pleine terre, proximité immédiate de la forêt, îlots de fraîcheur et qualité de vie éprouvée lors du confinement comme face aux canicules successives.

L’ACPE s’oppose aux projets de démolition-reconstruction depuis plus d’une décennie. Malgré les crises, malgré l’aggravation de la pénurie de logements sociaux, malgré l’évolution des connaissances sur le patrimoine et le coût carbone et économique du bâtiment neuf, la même litanie demeure: il faut démolir pour reconstruire. Faire partir les habitants historiques. Le déni de réalité est abyssal, le manque de considération vertigineuse. 

Parallèlement à cette manifestation devant la Préfecture de Région, une pétition a été lancée en ligne le 11 juin dernier. Elle a collecté plus de 700 signatures en une semaine. Un rappel que le principal problème de la Butte-Rouge n’est pas le manque de mobilisation, mais le refus persistant à en tirer les conséquences. 

À mesure que les faits s’accumulent, il devient de plus en plus évident que le pouvoir public semble devenu auto-référentiel, s’illusionnant à gouverner encore dans le monde d’hier, même quand la température affiche 37°Celsius.

Vive l'expérience collective

MÉMOIRE EN CHANTIER

Une mobilisation citoyenne indestructible

La manifestation du 17 juin 2026 est la dernière action en date d’une très longue liste de mobilisations concrètes depuis 2013. 

En treize années de lutte constante, un phénomène inattendu s’est produit : autour de la Butte-Rouge s’est constituée une expertise collective d’une richesse exceptionnelle.

Des habitants sont devenus archivistes. D’autres ont acquis une connaissance approfondie de l’histoire du logement social, du patrimoine du XXème siècle, de l’urbanisme, des arbres, du paysage, du droit de l’urbanisme, des enquêtes publiques ou encore des enjeux climatiques liés à la conservation du bâti existant.

Des passionnés ont photographié et documenté méthodiquement le quartier. Des chercheurs et étudiants ont partagé leurs travaux. Des architectes, historiens, urbanistes et juristes ont transmis leurs connaissances. Des habitants ont apporté leur expérience quotidienne du lieu, de ses usages, de ses solidarités et de sa mémoire vécue.

Peu à peu s’est constitué un savoir collectif citoyen qu’aucune institution n’aurait pu produire.

Cette expérience a conduit à une découverte commune : la valeur de la Butte-Rouge ne réside pas dans un bâtiment isolé ou dans une qualité particulière. Elle réside dans la manière dont la cité-jardin parvient à faire tenir ensemble architecture, paysage, logement social, santé, nature et vie quotidienne dans une même composition.

À mesure que cette compréhension s’est approfondie, quelque chose d’autre est apparu.

Les réunions se sont prolongées en conversations. Les archives ont circulé de main en main. Les photographies ont réveillé des souvenirs. Des habitants qui ne se connaissaient pas se sont mis à échanger. Des générations différentes ont commencé à partager leurs récits du quartier. Des savoirs savants et des savoirs vécus se sont rencontrés.

La mobilisation autour de la Butte Rouge a produit et continue à produire autre chose que de l’expertise. Elle produit de la relation.

Comme si le génie même de la cité-jardin continuait d’agir à travers celles et ceux qui cherchent à la comprendre et à la préserver.

Comme si l’intelligence progressive du lieu révélait en même temps ce qui permet à des personnes différentes d’habiter un monde commun

Ce constat modifie profondément la nature du conflit.

Autour de la Butte Rouge se sont constitués des réseaux d’entraide, de transmission et de coopération qui débordent largement les limites administratives du quartier. Habitants, anciens habitants, chercheurs, étudiants, architectes, artistes, associations et simples visiteurs participent désormais à une même conversation.

C’est peut-être ce qui rend la situation actuelle si singulière.

Car ce qui est en jeu n’est pas seulement un patrimoine hérité du siècle dernier. C’est aussi une expérience collective du XXIème siècle, fondée sur la redécouverte et de la valorisation de ce patrimoine comme vecteur d’avenir.

Il existe des permis à déposer pour démolir des bâtiments. Il n’existe pas de permis à démolir une expérience collective. Depuis treize ans, chaque attaque portée contre la Butte-Rouge a produit davantage de connaissances, davantage de liens et davantage d’engagements.

Plus le « projet de rénovation » cherche à réduire la Butte-Rouge, plus celle-ci continue d’étendre son périmètre vivant. 

La Butte-Rouge n’est plus seulement un quartier à Châtenay-Malabry. Elle est devenue un miroir de notre époque. Rendez-vous à la rentrée pour une nouvelle saison des Échos de la Butte Rouge : 

On vous voit, on ne lâche rien !

Accusations

MÉMOIRE EN CHANTIER

Témoignages

« Depuis que je fais partie du collectif pour la Butte Rouge, ma vie a changé, je rencontre sans arrêt de nouvelles personnes, des étudiants, des enseignants, des architectes, des défenseurs du patrimoine. Je fais visiter la BR, je m’occupe des locataires. Il y a tant à faire. C’est très enrichissant d’être en contact et de travailler avec des personnes si différentes, mais on arrive à travailler ensemble. On est portés par une énergie considérable et quand on voit tout ce qu’on a réussi à faire en 12 ans, avec toutes nos différences, voire nos désaccords, on se sent fiers car c’est notre objectif commun qui nous mobilise avant toute chose. » 

Jean-Claude

« Mon sentiment est que notre travail est indispensable. Sans la mobilisation associative, de nombreuses décisions seraient prises dans l’indifférence générale, alors même qu’elles ont des conséquences durables sur la vie des habitants et sur l’avenir du logement social. Notre action a permis de mettre en lumière des sujets qui seraient restés peu visibles : les démolitions de logements sociaux, les conditions de relogement, l’évolution des charges, la préservation de la cité-jardin, le respect des engagements publics, mais aussi les conséquences écologiques de choix privilégiant la démolition-reconstruction plutôt que la réhabilitation du bâti existant.

Même lorsque nous n’obtenons pas immédiatement gain de cause, nous contribuons à rétablir de la transparence, à produire des analyses documentées et à donner aux habitants les moyens de comprendre ce qui se joue. » 

Sylvie

 

 « Je me sens utile dans la défense de ce patrimoine architectural, social et environnemental unique. La Butte rouge représente un projet d’aménagement exemplaire qui doit être compris dans son ensemble. »

Barbara

« En premier lieu, je dirai l’engagement bénévole pour le bien commun, pour tous. Cet engagement m’a permis de connaitre de nombreuses personnes, notamment parmi les membres de l’association, habitant dans des quartiers différents de la ville, d’échanger, de créer du lien. 

Côtoyer, découvrir des associations investies dans l’environnement, m’a donné l’occasion d’apprendre et d’affiner mes connaissances dans certains domaines (urbanisme, environnement, fonctionnement des tribunaux, droit) .

 Enfin, au sein du CA, le travail d’équipe, collaboratif m’a obligé à écouter, échanger, trouver et accepter un compromis, arriver à se mettre d’accord pour atteindre nos objectifs. Partager les tâches, se soutenir… se connaitre de mieux en mieux, devenir amis.

Martine

« Pour ma part, j’ai découvert au fil du temps la puissance du collectif lorsqu’il se met au service d’une cause commune qui fédère toute la diversité des personnes impliquées. Toutes les ressources, les compétences, l’endurance qui sont apparues nous surprennent nous-mêmes, on ne savait pas que l’on était riches de tout cela. C’est comme si l’outil était apparu parce qu’il était nécessaire, nous développons nos compétences, nous apprenons, nous échangeons. L’énergie qui circule entre nous est la nôtre, mais elle est décuplée grâce à ce collectif, c’est sidérant. 

Grâce aux circonstances, même si elles nous heurtent, nous avons fait et continuons de faire l’expérience de la force du collectif, de sa puissance transformatrice et constructive. 

Car de fait, il s’agit d’une construction, d’un patrimoine immatériel au service de l’humain et du vivant, là où le projet auquel nous résistons est un projet de dépossession de beaucoup pour le profit de quelques-uns, et surtout de destruction et non de construction en dépit des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. » 

Patricia

 

« Toutes ces années de travail collectif à l’ACPE ont été très positives et enrichissantes. J’ajoute que tout cela m’a permis d’appréhender en profondeur à quel point « détruire/reconstruire » est une hérésie d’un autre âge. Pour des raisons écologiques certainement, mais aussi parce que si la réhabilitation respectueuse du bâti que nous souhaitons avait été entreprise, il y a longtemps que la Butte Rouge serait réhabilitée pour le bénéfice de ses habitants ! »

Elisabeth

Lettre au Préfet de Région

BONUS

Ne signez pas les permis de démolior

Une délégation reçue par les services de l’État lors de la
mobilisation du 17 juin 2026

Sauvons la cité-jardin de la Butte Rouge

APPELS À DONS

Nous avons besoin de vous pour continuer nos efforts pour préserver l’oeuvre global et la mémoire vivante de la Butte Rouge.

L’Association Châtenay Patrimoine Environnement est un organisme d’intérêt général. Pour tout don supérieur à 30 €, il vous sera dressé un reçu fiscal, qui donne droit à une réduction de 66% du montant du don.

Faites connaître notre association

Invitez vos connaissances à s’inscrire à notre infolettre !

Flashez le QR code ci-contre ou utiliser le lien ci-dessous.

Facebook
LinkedIn
WhatsApp
X
Email
Print

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Événements à venir

Revenir au mois en cours

Appel à dons

Nous avons besoin de vous pour
continuer ce voyage au cœur de
la Butte Rouge !

L’Association Châtenay Patrimoine Environnement est un organisme reconnu d’intérêt général.

Pour tout don de 30 € ou plus, il vous sera adressé un reçu fiscal, qui vous donne droit à une réduction d’impôt de 66 % du montant de votre don. Plus vous nous soutiendrez, plus loin nous irons.

Les Echos de la Butte Rouge

Abonnez-vous pour recevoir notre infolettre « Échos de la Butte Rouge » tous les 15 jours . C’est gratuit !

Association Châtenay Patrimoine Environnement

Formulaire de contact