Y a d'la joie !
L’été est là, les grandes vacances arrivent. L’infolettre 21 nous montre comment le patrimoine vivant de la Butte Rouge nous reconnecte à la joie grâce aux fêtes à l’ombre des grands arbres et aux spectacles de plein air.
Après dix mois de publications bimensuelles, nous souhaitons remercier chaleureusement nos très nombreux lectrices et lecteurs fidèles aux Échos de la Butte Rouge, ainsi que toutes les personnes qui partagent avec nous leurs expériences de vie à la Butte Rouge depuis de nombreuses années. La richesse de ce lieu rare est telle que nous allons bien sûr continuer nos enquêtes sur son histoire sociale, culturelle et naturelle. Nous vous sommes également très reconnaissants pour votre générosité, grâce à laquelle nous allons persévérer pour que la Butte Rouge historique soit restaurée et rendue à la convivialité dans le respect de cette œuvre humaniste.
Aussi c’est avec joie que nous allons vous retrouver à la rentrée avec de nouveaux Échos de la Butte Rouge, sous un format différent. Dans cet attente, nous vous souhaitons un bel été et d’excellentes vacances, bien méritées.
L’association Châtenay Patrimoine Environnement
Théâtre de verdure
Certaines personnes se souviennent encore de ce théâtre, lieu enchanteur anciennement situé rue Robert-Hertz, à l’emplacement de la crèche et du square Bassompierre. Ce petit théâtre de plein air, adossé à la lisière du bois de Verrière, fut conçu après-guerre « pour redonner le moral aux Châtenaisiens qui avaient vécu de durs événements pendant l’occupation allemande » relate J-C qui a passé son enfance à la Butte Rouge :
« Le théâtre de verdure était bordé de troènes, d’aubépines et de lauriers, les allées montaient jusqu’aux coulisses. Quand on arrivait, on passait par une allée centrale, là se tenaient les caisses. La foule ensuite se répartissait sur les gradins, il pouvait y avoir jusqu’à mille spectateurs. Il y avait aussi une fosse d’orchestre pour la musique et les chanteurs, et une scène pour le théâtre. Une fois les spectacles terminés, c’était au tour des gamins de devenir acteurs. On préparait des petits spectacles et quand on était prêts, on invitait les parents. »
Inspirés des théâtres antiques, puis réinterprétés pour les divertissements de la noblesse, notamment à Versailles, les théâtres de verdure se démocratisèrent et connurent une apothéose entre les années 1910 et 1930. Comme l’ensemble de la cité-jardin, le théâtre de la Butte Rouge s’inscrit parfaitement dans un double mouvement plus vaste d’accès de tous, à la fois à la culture et à la nature. Lieu vivant en lien direct avec la topographie, l’environnement et la météo, il arrivait qu’au printemps, l’eau du bois ruisselle le long des gradins, remplissant parfois la fosse d’orchestre.
« Nous les enfants, on en profitait pour venir jouer, on lançait nos bateaux dessus. Puis le théâtre a été remplacé par un bâtiment en 1960, après la guerre d’Algérie ».
Le théâtre de verdure était emblématique des partages joyeux qui cimentaient la micro-société de la Butte Rouge, au gré des saisons. Tous ceux et celles qui gardent cela en mémoire savent qu’aujourd’hui aussi nous avons les mêmes aspirations et les mêmes besoins de convivialité.
Tilleul

À la cité-jardin de Châtenay-Malabry, comme partout ailleurs, le mois de juin s’emplit toujours de ce parfum délicieux que nous reconnaissons entre mille : le tilleul en fleur. Ses grappes délicates, jaune pâle, embaument rues, squares et jardins. Elles annoncent avec constance le retour du solstice d’été.
Le tilleul était de tout temps le centre vivant des places communales et l’allié des fêtes avec ses feuilles en forme de cœur et son bois tendre, le tilleul est l’arbre de Vénus dans les traditions européennes, celui sous lequel les amants se retrouvent et échangent des promesses.
Cette essence d’arbre protège les maisons depuis les tout premiers villages construits au néolithique au sein de vastes forêts. Son histoire à la fois naturelle et culturelle nous enseigne qu’un arbre n’est pas seulement un arbre, mais qu’il est un compagnon à part entière de la communauté des humains. Qui mieux que Chateaubriand pour témoigner de cet attachement millénaire ?
« Les arbres que j’y ai plantés prospèrent, ils sont encore si petits que je leur donne de l’ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j’ai protégé leur jeunesse… », écrivit-il depuis sa retraite à la Vallée-aux-Loups.
À la cité-jardin de la Butte Rouge, où la nature et l’humain cohabitent avec subtilité, il est encore des témoins discrets de cette mémoire végétale :
« Je me souviens toujours de la douceur des soirs d’été, en fin de semaine, nous allions souvent à Robinson pour nous amuser. Nous traversions les bois pour regagner notre Butte Rouge, après avoir dansé jusque tard dans la nuit. »
Robinson était célèbre pour ses guinguettes et ses restaurants depuis le XIXème siècle, tandis que le Plessis-Robinson fut aussi reconnu pour sa cité-jardin avec 2000 logements construits entre 1924 et 1939, sous l’impulsion d’Henri Sellier. Cet autre fleuron de l’habitat social fut laissé à l’abandon, puis démoli à partir de la fin des années 80. Une cité-jardin nouvelle a été construite avec seulement 250 logements sociaux.
À l’heure où les travaux de réhabilitation de la Butte Rouge s’annoncent, le sort de la cité-jardin de Châtenay Malabry préfigure l’avenir bien au-delà de ses limites. Dans quelle société souhaitons-nous vivre ? Quel monde allons-nous léguer à nos enfants ? Ce sont les questions qu’elle pose à chacun de nous, citoyennes et citoyens.
La réalisation inégalée d’Henri Sellier démontre que l’architecture, l’urbanisme, l’intégration sociale et paysagère font œuvre de civilisation, étant conçue dans le respect des générations à venir que seuls les arbres verront grandir.
Actualités
Les Associations Châtenay Patrimoine Environnement et Sauvons la Butte Rouge ont déposé plainte auprès du procureur de la République après avoir constaté que des travaux avaient débuté, sans autorisation administrative, sur trois bâtiments de la cité-jardin, situés avenue Saint-Exupéry.
Bonus
Film « Six regards sur la Butte Rouge » de Paulo Correa
Présenté aux semaines de l’architecture de Barcelone 2025
