Echos de la Butte Rouge n° 9 – Saison 2

Sommaire

Editorial

ECHOS DE LA BUTTE ROUGE

Saison 2 – n°9                                                                                                                      24 mai 2026

VOLTE-FACE

    Chères lectrices, chers lecteurs,

En 2022, Europa Nostra, association européenne de sauvegarde et de valorisation du patrimoine européen, classait la Butte Rouge parmi les sept sites patrimoniaux les plus menacés d’Europe.

Pour les habitants et les associations mobilisés depuis des années, cette reconnaissance avait la force d’un signal : la valeur exceptionnelle de la cité-jardin était enfin entendue et reconnue bien au-delà des frontières de Châtenay-Malabry.

Puis, presque sans bruit, le récit a subitement changé.

Au printemps 2025, alors que les inquiétudes autour des démolitions restaient entières, Europa Nostra affirmait que la situation était désormais stabilisée.

Comment un lieu considéré hier comme « en danger » peut-il soudain ne plus l’être, au moment même où les premières démolitions sont pleinement assumées par les porteurs du « projet de rénovation » ?

C’est cette volte-face qui sera exposée dans cette infolettre.

Car derrière ce changement de discours se joue une autre bataille : celle de savoir qui a aujourd’hui la maîtrise du récit de la Butte Rouge, qui cherche désormais à en reprendre le contrôle — et dans quel but.

 

Association Châtenay Patrimoine Environnement

Faits alternatifs

ACTUALITÉS

Europa Nostra : quand le récit bascule malgré le réel

Lors de l’enquête publique du printemps 2025, les associations de défense de la Butte Rouge s’appuient sur le rapport publié par Europa Nostra en 2023. Ce document faisait alors autorité : après une mission de terrain menée en 2022 par des experts internationaux, la cité-jardin y était décrite comme l’un des patrimoines européens les plus menacés.

Le rapport alertait sur plusieurs points : les démolitions envisagées, la perte du paysage-jardin, le manque d’entretien du bâti, les risques de densification et les conséquences sociales pour les habitants. La Butte Rouge y était présentée comme un ensemble cohérent où architecture, patrimoine naturel et mémoire sociale étaient indissociables.

Mais la veille de la clôture de l’enquête, le récit bascule.

Europa Nostra y dépose un avis affirmant que les analyses du rapport de 2023 ne correspondraient plus à la « situation actuelle » et que la situation serait désormais « stabilisée » (voir rubrique « Témoignages »).

Impossible de ne pas remarquer qu’au moment où cet avis est rendu public, aucun nouveau document permettant de comprendre ce changement de position n’est accessible. Le rapport de 2023 reste alors le seul texte officiel disponible sur le site d’Europa Nostra. La nouvelle prise de position ne sera publiée qu’à la fin du mois de novembre 2025, plusieurs mois après la clôture de l’enquête publique.

Et pourtant, l’effet est immédiat. Lors de cette même enquête publique, l’association locale est accusée par Europa Nostra de faire un « usage politique illégal » du rapport de 2023 — alors même que ce document, toujours accessible sur le site officiel de l’organisation, demeure à ce moment-là le seul rapport public, issu d’une mission indépendante menée sur le terrain.

Quelques lignes suffisent alors à fragiliser des années de travail associatif et à déplacer le centre du débat : Dans ce nouveau récit, les inquiétudes autour de la Butte Rouge semblent soudain moins problématiques que ceux qui persistent à les documenter et à les rendre visibles.

Or, entre ces deux prises de position, aucune nouvelle mission indépendante n’a été menée sur le terrain, aucun échange avec les associations n’a eu lieu.

En fait, ce qui a changé surtout, c’est le récit dont la Butte Rouge fait l’objet.

En 2023, la dégradation du site était analysée comme la conséquence de choix humains : manque d’entretien, logements laissés vacants, abandon progressif de certains services et fragilisation sociale du quartier. En 2025, cette même dégradation apparaît davantage comme une conséquence naturelle de l’ancienneté du bâti et de son obsolescence technique.

Ce déplacement change tout.

Car une dégradation attribuée à des décisions humaines peut conduire à demander réparation, entretien ou protection renforcée. Une dégradation présentée comme inévitable justifie plus facilement des démolitions, des reconstructions et une transformation profonde du quartier.

Le changement de récit touche aussi la définition même du patrimoine.

Dans le rapport de 2023, la Butte Rouge était reconnue comme un projet architectural, paysager et social unique. Les jardins, les continuités paysagères, la mémoire du logement populaire et la vie des habitants faisaient partie intégrante de la valeur du site.

Deux ans plus tard, cette dimension sociale et paysagère est effacée au profit d’une lecture technique et réglementaire : volumes, façades, matériaux, dispositifs juridiques de protection.

Alors pourquoi ce changement de regard ?

Entre le rapport alarmant de 2023 et le discours rassurant de 2025 rien n’a changé, les bâtiments sont toujours délaissés, les menaces de démolitions persistent— désormais pleinement assumés par la municipalité — et le classement au rabais de la Butte Rouge est contesté au tribunal.

Lorsque le récit patrimonial change sans nouvelle expertise indépendante, beaucoup finissent par se demander ce qui est réellement en train d’être protégé par Europa Nostra : un patrimoine… ou un projet de transformation ?

Aveu de faiblesse

MÉMOIRE EN CHANTIER

La Butte-rouge - Une mémoire qui résiste

Pour mieux comprendre cette volte-face, retournons en arrière.

En 2021, face aux menaces pesant sur l’avenir de la Butte Rouge et à l’impossibilité d’obtenir un véritable dialogue avec la municipalité, les associations de défense de la cité-jardin décident d’élargir le combat au-delà du cadre local. Une candidature est déposée auprès d’Europa Nostra en septembre 2021.

Commence alors un immense travail collectif.

Pendant des mois, habitants, associations, chercheurs et bénévoles rassemblent archives, photographies, analyses urbaines, études historiques, documents techniques et témoignages afin de constituer un dossier extrêmement approfondi. Peu à peu, une conviction s’impose : la Butte Rouge ne peut pas être comprise uniquement à travers ses bâtiments. Son histoire sociale, son paysage et son urbanisme forment un tout indissociable et cohérent.

Ce travail permet à la Butte Rouge d’être sélectionnée parmi les sept sites patrimoniaux les plus menacés d’Europe en 2022.

Trois experts mandatés par Europa Nostra viennent alors passer quatre jours complets sur place afin de comprendre le site dans toute sa complexité. Les associations organisent visites, rencontres et exposés détaillés pour transmettre une vision globale de la cité-jardin, de son histoire et des conséquences possibles du projet de transformation.

Un mois auparavant les experts avaient demandé un rendez-vous au Maire afin que toutes les parties puissent être entendues. Malgré plusieurs demandes et relances, aucun rendez-vous n’aura finalement lieu — une situation que les experts eux-mêmes considèrent comme du jamais vu.

Le rapport publié en 2023 reconnaît alors la valeur exceptionnelle de la Butte Rouge comme patrimoine social, urbain et paysager cohérent. Pendant deux ans, les échanges avec Europa Nostra se poursuivent régulièrement et permettent au collectif de poursuivre son travail de documentation et de transmission.

C’est ce qui rend aujourd’hui le revirement de 2025 si révélateur.

Car derrière cette volte-face se joue désormais autre chose qu’un simple désaccord patrimonial : une bataille autour de la mémoire même du lieu et de la manière dont celle-ci doit être racontée … ou pas.

Et sur ce terrain-là, les associations ne sont pas en retrait. Bien au contraire.

Ironie de l’histoire : c’est notamment grâce à la reconnaissance obtenue auprès d’Europa Nostra en 2023 que ce travail de transmission a pu gagner en visibilité et en ampleur.

Depuis, la mémoire et le génie du lieu de la Butte Rouge continuent de circuler dans les textes publiés, les recherches, les promenades urbaines, les archives sauvegardées, les reportages et les récits transmis par les habitants eux-mêmes.

Car contrairement au nouveau récit lisse et technique porté autour du « projet de rénovation » — et désormais très proche de la communication municipale — la mémoire résiste : l’histoire de la Butte Rouge et ses usages sont inscrits dans ses pierres, ses places et ses pelouses.

Et c’est là le véritable scandale révélé par cette affaire : une organisation qui reconnaissait hier la Butte Rouge comme un patrimoine social, urbain et paysager indissociable contribue désormais à en imposer une lecture beaucoup plus étroite et fragmentaire, où la mémoire et le génie même du lieu se trouve effacés.

Alors comment est-il possible qu’une institution européenne désavoue publiquement le cœur même de sa mission ?

Accusations

MÉMOIRE EN CHANTIER

Témoignages

Lors de l’enquête publique, l’ACPE surveillait quotidiennement les avis déposés sur le registre numérique. C’est ainsi que, le 14 mai 2025, à la veille de la clôture de l’enquête, l’ACPE découvre un avis déposé par M. Laurent Lévi-Strauss au nom de la secrétaire générale d’Europa Nostra.

« Nous avons appris fortuitement que l’Association Châtenay Patrimoine Environnement (ACPE) avait déposé, sans notre accord, dans le registre numérique de l’Enquête publique “environnementale” relative au projet de rénovation urbaine de la Cité Jardin de Châtenay-Malabry et à la réhabilitation architecturale et la rénovation énergétique de trois bâtiments avenue Saint-Exupéry objet de déclarations préalables de travaux concernant la protection de la Cité Jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry, le rapport technique du 9 mars 2023 d’Europa Nostra concernant ce site, établi dans le cadre de notre Programme des 7 Sites les plus menacés 2022 conduit par notre association en coopération avec l’Institut de la Banque Européenne d’Investissement et la Commission Européenne.

Ce dépôt de notre rapport a été effectué à notre insu, par une personne non autorisée, et sans l’accord de nos instances dirigeantes, notre Comité exécutif et moi-même en tant que Secrétaire Générale de l’association.

Ce rapport a donc été utilisé de manière abusive et illégale, et nous vous demandons donc de ne pas en tenir compte et de l’ignorer, considérant qu’il ne correspond absolument plus à la situation actuelle. »

Or, le rapport technique de mars 2023 de la mission d’expertise d’Europa Nostra à la Butte Rouge était public et toujours accessible sur le site officiel de l’organisation au moment du dépôt de cet avis.

Le lendemain, 15 mai, jour de clôture de l’enquête publique, l’ACPE rédige et dépose en urgence un démenti sur le registre ainsi que par voie électronique. Afin de rester totalement transparente, l’association transmet également ce démenti à la secrétaire générale d’Europa Nostra ainsi qu’aux experts ayant participé à la mission de 2022, lesquels n’avaient pas non plus été informés de cette lettre.

Quel est aujourd’hui le point de vue de Monsieur Francis Metzger, architecte du patrimoine chargé du « projet de rénovation » et primé à deux reprises par Europa Nostra ?

Nous serions naturellement très heureux de pouvoir publier ici sa réponse, ainsi qu’une réaction d’Europa Nostra qui n’a jamais répondu à nos demandes d’explication réitérées.

Europa Nostra perd sa crédibilité

BONUS

En 2022, Europa Nostra mandate trois experts pour un audit  de la cité jardin de la Butte Rouge : leurs conclusions sont explicites : il faut urgemment réhabiliter la Butte Rouge

En 2025, sans analyse complémentaire, depuis un bureau et à la veille de la clôture de l’enquête publique,  Europa Nostra écrit au Commissaire enquêteur et dément les conclusions du rapport précédent. 

Sauvons la cité-jardin de la Butte Rouge

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