Prendre soin
L’infolettre n° 18 est entièrement consacrée au « prendre soin », une éthique de vie qui préside à tous les aspects de la Butte-Rouge : architectural, paysager et social.
Nous vous parlerons ainsi de l’ancien dispensaire, puis de Benoît Malon qui a donné son nom à la rue où se situait cet établissement autrefois.
La Cité-Jardin est exemplaire sur ce plan, car elle montre les multiples facettes du « prendre soin » : les noms de rue rappellent les nombreuses personnalités qui se sont engagées pour la justice sociale, tandis que l’architecture et le paysage ont apporté un environnement favorable à cet engagement. Grâce à cette convergence, ce souci de l’autre a permis aux personnes qui ont vécu et travaillé à la Butte Rouge de faire à leur tour preuve d’entraide et de solidarité.
Prenons soin de cette éthique dans toutes ses dimensions !
L’association Châtenay Patrimoine Environnement
Dispensaire
A l’adresse actuelle du centre de médecine préventive et professionnelle, 18-20 rue Benoît-Malon, se trouvait l’ancien dispensaire Anne Noury*. C’est avec le Front Populaire que l’on créa ces établissements qui donnaient accès à une médecine gratuite. Ils ciblaient les populations défavorisées, médecins spécialisés et généralistes y assuraient un suivi médical dans la durée. Ces dispensaires étaient les héritiers des maisons de charité religieuses qui existaient auparavant.
Le dispensaire Anne Noury fut progressivement agrandi, sans perdre, toutefois, l’identité visuelle caractéristique de la Butte Rouge. Il s’agissait avec ces établissements de proximité de garantir la prévention et la détection de maladies infectieuses telles que la tuberculose, au sein des classes populaires particulièrement exposées de par leurs conditions de vie et de travail. Conseils de puériculture, d’hygiène et d’économie domestique avaient pour objectif, non seulement de prévenir les maladies, mais surtout de faire œuvre pédagogique, prophylactique et sociale.
On retrouvait, là encore, le souci de soutenir, d’éduquer et de faire évoluer ceux et celles qui n’ont pas reçu de privilèges par leur famille ou leur appartenance sociale. Une ancienne habitante raconte : « Dans ma famille, ma mère faisait l’assistante sociale, elle aidait les gens à remplir leurs papiers et mon père qui avait une voiture emmenait les voisins. Les gens allaient au dispensaire. Moi, j’y ai fait de la gymnastique corrective. »
De nombreuses personnes se souviennent aussi du Dr. Magdeleine Rendu qui habitait rue Marie Bonnevial* : « Elle faisait tout, elle rendait des services extraordinaires, c’était une mère Teresa. Elle faisait ses visites à pied dans la Butte Rouge, après, elle avait eu une 2CV. C’était le docteur des pauvres, elle ne faisait pas toujours payer ses consultations. »
Si l’aspect architectural et paysager a présidé à la naissance de la cité-jardin, l’aspect social en faisait également partie intégrante, tout comme le soin apporté au patrimoine arboré. Ainsi au souci de la terre répondait le souci des humains.
*Voir infolettres n°5, 7 et infolettre n°6
Benoît Malon

« La distribution des noms de rue à la Butte Rouge ne relève pas du hasard. Allez chercher pourquoi la rue qui abritait autrefois le dispensaire est nommée d’après Benoît Malon par exemple ! » Replonger dans la biographie de cette personnalité permet de trouver des réponses à ce défi lancé par un habitant fin connaisseur de la cité-jardin.
Lorsqu’on naissait paysan, pauvre et sans terre, on n’avait pas d’autre option, au XIXe siècle, que de devenir valet de ferme ou domestique pour le compte d’un riche propriétaire, c’est ce que furent obligés de faire les parents de B. Malon. Son père mourut jeune et sa mère fit face à une extrême pauvreté, le petit Benoît, qui aimait l’école et était brillant, dut cependant y renoncer pour aller gagner sa vie. Misère, humiliations et injustices étaient alors le quotidien d’un enfant pauvre. Tombé gravement malade, une fois jeune adulte, il fut soigné par son grand frère devenu instituteur. Il put reprendre son instruction grâce à lui, c’est ce qui lui permit de transformer un profond sentiment de révolte en détermination et en engagement en vue d’une plus grande justice sociale.
Après s’être rendu à Paris, Benoît Malon commence à travailler, devient adhérent de l’Association Internationale des Travailleurs (A.I.T.). Il organise une grève des ouvriers teinturiers et crée une coopérative ouvrière. Grâce à André Léo, romancière et disciple d’un socialiste utopique qui deviendra sa compagne, il continue à se former. Il se lance ensuite avec succès dans le journalisme et s’implique pour dénoncer le pouvoir absolu, particulièrement dans le monde ouvrier. Son talent de journaliste le fait connaître dans le monde politique et dans la presse. Il est condamné une première fois à la prison pour ses activités en faveur de l’Internationale qui avait été dissoute.
Lorsque la Commune éclate, Benoît Malon soutient les insurgés. La répression violente qui s’abat sur les communards le fait condamner par contumace, et il est obligé de s’exiler en Suisse et en Italie pendant dix ans. Il fonde la Revue Socialiste, laboratoire de réflexion et de recherche et organe d’échanges internationaux. Sa pensée établit une synthèse entre la tradition démocratique des républicains français du XIXe siècle et l’esprit révolutionnaire, avec pour horizon progrès et réformes sociales dans un esprit socialiste.
Homme d’action et homme de réflexion, toute sa vie fut marquée par l’aspiration à plus de justice sociale et par le souci des ouvriers. Ainsi, est-il parfaitement en phase avec l’esprit de la Butte Rouge qui a été édifiée pour prendre soins de tous les citoyens.
Actualités
Donnez votre avis à l’enquête publique « environnementale » (7 avril au 16 mai 2025)
L’accès aux documents de l’enquête via le lien ci-dessous :
https://www.registre-numerique.fr/etude-impact-cite-jardin-chatenay-
malabry/documents
Toute personne est habilitée à déposer sa contribution via la site ou en Mairie.
« Compte tenu de la nature et de l’importance du projet de rénovation urbaine et
de restauration paysagère de la Cité-Jardin, celui-ci est soumis à une étude
environnementale qui doit faire l’objet d’une enquête publique au stade de la
première demande d’autorisation d’urbanisme. »
Elle concerne :
1) le projet municipal de rénovation urbaine de la Cité Jardin
2) la réhabilitation architecturale et la rénovation énergétique de trois bâtiments
avenue Saint-Exupéry
Renseignements :
https://www.notre-territoire.com/enquete/362156
L’avenir de la Butte Rouge se joue désormais au Conseil d’État.
Le classement au rabais de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry permettra de détruire 50% de la Cité-jardin, tout en ne protégeant que partiellement les 50% restants : des associations locales et nationales ont déposé un recours au Conseil d’État contre un arrêté de classement partiel en Site Patrimonial Remarquable (SPR) promulgué par Madame Rachida Dati.