Sur les épaules des géants
Quel peut bien être le lien entre le Roi du Carnaval, cette effigie gigantesque que l’on brûlait à la fin de l’hiver, place François Simiand, et Charles Longuet, homme socialiste honoré dans la rue qui porte son nom à la Butte Rouge ?
Les deux font références au pouvoir et à la nécessité de le régénérer collectivement au moment opportun. C’est ce que nous rappellent les anciens rituels du Carnaval où l’hiver doit céder la place au printemps, période où toutes les hiérarchies sociales sont suspendues pour mieux renouveler l’ordre des choses dans l’intérêt général. Et c’est ce que nous enseigne la biographie militante de Charles Longuet dont le patronyme résonne à plus d’un titre avec la grandeur de la cité-jardin.
Nous sommes toutes et tous tributaires de la sagesse et du courage des anciens.
L’association Châtenay Patrimoine Environnement
Carnaval
Comme partout en France, la Ville de Châtenay-Malabry fut le théâtre de nombreuses fêtes, processions et réjouissances populaires. Dans les années 1970-80, la Butte Rouge était connue pour son carnaval coloré. La mairie de l’époque organisait le carnaval avec une petite subvention, tous les quartiers de Châtenay étaient associés, le caractère festif avait aussi pour but de rassembler les gens puisqu’ils se retrouvaient pour préparer leurs costumes et leurs mannequins. Il y avait une émulation. « Tout Châtenay débarquait dans la Butte, tous les habitants se mélangeaient, il n’y avait pas de division entre les divers quartiers. C’était bon enfant. La Butte Rouge était un lieu accueillant pour défiler. Tout le monde participait, on n’était pas spectateurs, on s’y mettait tous ensemble, ça liait les gens entre eux, et c’était très réussi. » témoigne une Châtenaisienne.
Avec ses méandres de rues calmes et spacieuses, le grand escalier Lucien-Herr et ses places accueillantes, la Butte Rouge était et reste un espace public idéal pour renouveler l’esprit de communauté au sortir de la période froide et sombre de l’année. Pour un court laps de temps, l’ordre établi entre les membres de la société, grands et petits, nantis ou plus modestes, se trouve sens dessus-dessous. Que d’imagination pour arborer les meilleurs déguisements, animaux, astres, princesses et autres créatures fantastiques, d’ici et d’ailleurs ! « Au carnaval, on est tous déguisés et dans la rue pour s’amuser, pour s’amuser. Tébugerou, ça c’est le nom du dragon. Il est un peu fou, c’est pourquoi nous l’aimons, nous l’aimons, » claironnait une chanson qui circulait dans la cité-jardin.
L’effigie géante du Bonhomme Hiver, effrayant avec son visage blafard, était promenée au son de la fanfare municipale pour finir par être brûlée place François Simiand* par une foule en liesse. Symbole de l’hiver qui cède ainsi sa place au printemps dans le grand cycle cosmique des saisons, le roi du Carnaval est aussi un symbole du pouvoir. Quelles que soient les personnes qui l’incarnent, le rituel rappelle que le pouvoir doit toujours se régénérer, c’est-à-dire rester au service de la population plutôt que de le tenir pour acquis. Les racines de ces défilés joyeux riches de significations remontent à l’Antiquité, notamment à la fête romaine de purification des Lupercales qui se tenait mi-février. Le mot février venant par ailleurs du mot latin februare signifiant « purifier ».
* Voir l’infolettre 10
Charles Longuet
De nombreuses rues de la Butte Rouge portent le nom de figures socialistes, hommes et femmes engagés qui croyaient au progrès social, ainsi que d’anciens communards qui dénoncèrent le régime en place à l’époque. C’est le cas de Charles Longuet. Son histoire montre que l’on peut être soi-même né « du bon côté » et pourtant « émigrer » en direction de ceux qui n’ont pas eu cette chance afin de défendre leurs droits. Cet homme, courageux eut à cœur de défendre ses idéaux socialistes et humanistes durant une période fort troublée, ce qui lui valut de nombreuses condamnations et de nombreux exils.
Charles Longuet, né en 1839 dans le Calvados, quoiqu’issu d’une famille monarchiste et cléricale, devint militant socialiste, membre de l’Association internationale des travailleurs et joua un rôle important pendant la Commune de Paris. Il fut aussi le gendre de Karl Marx. Il s’opposa au Second Empire et pour cette raison dut s’exiler en Belgique, puis en Angleterre. Il revint à Paris, fut arrêté et de nouveau obligé de s’exiler. Mais lorsqu’éclata la Guerre de 1870 et le Siège de Paris, il regagna Paris. Pendant cette période sombre, il fut membre du comité central républicain, chef de bataillon de la Garde nationale et fut élu au Conseil de la Commune en 1871.
Après la semaine sanglante, il fut à nouveau contraint de quitter la France après avoir été condamné par contumace par le Conseil de guerre et ne put revenir qu’après l’amnistie de 1880. A son retour, il participa à l’Alliance Socialiste Républicaine, se présenta à diverses élections législatives, puis fut conseiller de Paris pour le quartier de la Roquette. Parallèlement à ses engagements politiques, il fut également professeur au King’s College de Londres, puis inspecteur de l’enseignement des langues vivantes dans les écoles de Paris.
Mais qu’est-ce qui lie Charles Longuet à la Butte Rouge ? En premier lieu, une vision de l’humain portée par des personnes qui voient plus loin que leur époque et qui par leur action font une différence. Ce fut le cas d’Henri Sellier et des concepteurs de la Butte Rouge. En second lieu, de façon très concrète, Charles Longuet eut quatre enfants, l’un d’entre eux, Jean Longuet, fut maire de Châtenay de 1925 à 1938, période de la 1ère phase de construction de la Butte Rouge.
Enfin Charles Longuet fut aussi le grand-père de Karl-Jean Longuet* dont on peut admirer la sculpture dédiée à Salvador Allende au parc Léonard de Vinci.
*Voir infolettre n°3
Actualités
L’avenir de la Butte Rouge se joue désormais au Conseil d’État.
Le classement au rabais de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry permettra de détruire 50% de la Cité-jardin, tout en ne protégeant que partiellement les 50% restants : des associations locales et nationales ont déposé un recours au Conseil d’État contre un arrêté de classement partiel en Site Patrimonial Remarquable (SPR) promulgué par Madame Rachida Dati.
Visite guidée de la Butte Rouge le 05 mars 2025 à partir de 14 h 30
La Société Régionale d’Horticulture de Clamart visitera la Butte Rouge, guidée par Louis Vallin, expert en gestion du patrimoine arboré (A.R.B.R.E.S.), et Elisabeth Couvé (A.C.P.E.) .
Bonus
RAPPORT DES EXPERTS
D’ EUROPA NOSTRA
ET DE
LA BANQUE EUROPÉENNE D’INVESTISSEMENT
EN MISSION A LA BUTTE ROUGE
L’objectif de la mission était de déterminer l’importance du site et d’évaluer le degré de danger auquel il est confronté, ainsi que d’identifier des solutions potentielles aux problèmes. La mission d’experts était dirigée par John Sell, architecte conservateur de renom du Royaume Uni, Lourdes Llorens Abando, consultante pour l’Institut de la Banque Européenne d’Investissement (BEI) et experte en développement urbain et régional, et David Castrillo, architecte spécialisé dans le patrimoine culturel et consultant pour l’Institut BEI.
Leur rapport technique a été rédigé sur la base des résultats de la mission effectuée sur place en septembre 2022. Il a été publié en mars 2023.
Le rapport conclut que la Butte-Rouge est un excellent exemple d’architecture moderne et d’aménagement paysager, représentant l’idée d’une société qui prend soin de ses membres les plus vulnérables en leur offrant un “bon” cadre de vie.
Europa Nostra et l’Institut de la BEI reconnaissent ainsi la valeur patrimoniale remarquable de La Butte-Rouge et encouragent sa préservation en tant que rare exemple d’architecture du mouvement moderne dans un paysage de cité-jardin. La cité-jardin de La Butte-Rouge est un exemple historique de développement durable toujours d’actualité et démontre l’impact social positif d’un lieu de vie agréable pour les personnes à faibles revenus. La combinaison du patrimoine, de la durabilité et de l’impact social est une leçon précieuse pour l’Europe d’aujourd’hui.
Les experts fournissent une liste de recommandations que la communauté française et européenne devraient suivre pour préserver le site, notamment en investissant dans la préservation du site et en promouvant des pratiques de développement durable.
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