Espaces de transition
Le mois de mai s’annonce, l’envie est grandissante de prendre un café en terrasse avec des amis ou de pique-niquer en famille dans un parc.
L’infolettre 17 évoque ces tiers espaces indispensables qui permettent de se rencontrer et de passer des moments agréables en bonne compagnie sans se ruiner. Elle vous rappelle que nous devons la possibilité de savourer ces moments de loisir bon marché, mais ô combien riches humainement à la journée de huit heures, obtenue par des travailleuses et des travailleurs courageux.
Lisez à travers des témoignages d’habitants comment les concepteurs de la Butte Rouge avaient pensé à intégrer ces tiers espaces, de la grande à la petite échelle, afin qu’il y ait une vie après le travail.
L’association Châtenay Patrimoine Environnement
1er mai
Le 1er mai est un jour férié qui commémore la lutte pour les droits des travailleuses et des travailleurs dans de nombreux pays. C’est le 1er mai 1886 que des ouvriers américains obtiennent pour la première fois une journée de huit heures, ce qui nous paraît aller de soi aujourd’hui. En France, c’est en 1890 que les travailleurs défilent pour obtenir le même droit : un partage équivalent entre le temps de sommeil, celui du travail et celui du loisir symbolisé par un triangle rouge à la boutonnière.
Le 1er mai correspond aussi à une fête bien plus ancienne célébrant le début de la belle saison avec ses promesses de fertilité dans les sociétés paysannes. Dans la nuit du 30 avril au 1er mai « un Arbre de mai » était érigé, orné d’une couronne de fleurs et de rubans colorés. Les danses et réjouissances associées témoignaient d’une inscription profonde des communautés villageoises dans les cycles des saisons.
S’il n’y a pas de lien direct entre ces deux célébrations, le respect pour les travailleurs et les arbres forme bel et bien le cœur de l’histoire de la Butte-Rouge : la cité-jardin était destinée à leur offrir un cadre de vie épanouissant.
« La Butte-Rouge, c’était la respiration. On allait dans le bois, à deux minutes à pied nous étions immergés dans la nature sans devoir franchir aucune barrière, ça allait de soi, on était heureux sans s’en apercevoir. On ramassait les clochettes bleues ou le muguet, c’était des loisirs simples et gratuits ». « Le 1er mai 1946, il avait neigé, les branches de sapin ployaient sous le poids car il avait neigé toute la nuit et le lendemain, il faisait très beau, les enfants étaient ravis, on est allés faire de la luge derrière les immeubles, là où il avait une pente. »
Ces souvenirs parlent de loisirs accessibles à toutes et à tous, en dehors de tout esprit de consommation. La journée de huit heures obtenue de haute lutte avait permis de dégager ce temps essentiel pour l’insouciance. Et l’urbanisme équilibré de la Butte Rouge offrait cette liberté de mouvement pour faire transition entre le temps du travail et la vie domestique. La forme triangulaire caractéristique du paysage de la cité-jardin organisait les tranches de construction des immeubles et offrait de vastes espaces libres au centre pour favoriser les jeux et les rencontres informelles.
La clé des champs
Le passé agricole et horticole de la ville de Châtenay-Malabry est toujours vivace dans les souvenirs de celles et ceux qui ont grandi à la Butte Rouge. Beaucoup parlent encore du « champ », un terrain non construit qui se situait en face de la rue Charles-Longuet.
« Ma grand-mère nous disait d’aller jouer dans le champ ! Oui, dans ce champ, nous avons joué, expérimenté, aimé, découvert des talents », témoigne un homme qui a vécu sa jeunesse dans la cité-jardin, au milieu des années 1970. « Dans le champ, nous allions faire les photos de mariage, de baptême, de communion. Les enfants jouaient au football. C’était un endroit de liberté extraordinaire, il n’y avait pas de contraintes qui empêchaient, pas cette dureté qu’on vit aujourd’hui dans les banlieues » ajoute sa mère.
Ce champ prolongeait les nombreux tiers espaces qui caractérisent la Butte Rouge : il s’agit d’un espace public accessible sans contrainte et qui permet de se rencontrer et de passer du bon temps ensemble sans débourser d’argent. Ce sont des terrains d’aventure pour les jeunes et des lieux de conversation pour les adultes. Parmi ces tiers espaces, on peut citer les nombreuses places bordées de murets, mais aussi les petits bancs près des entrées des immeubles, les arcades abritant les commerces, voire les bordures des trottoirs sur lesquelles les femmes s’asseyaient pour tricoter et échanger entre voisines.
D
Des grandes pelouses aux petits bancs, ces tiers espaces constituent des espaces de transition qui permettent de créer des liens vivifiants et des lieux de régénération*. Dans la nature comme en ville, la richesse des échanges se joue dans ces entre-deux. Autrefois, la mise en jachère offrait du repos à la terre et des espaces de découverte aux enfants. Le mot field qui désigne le champ en anglais était à l’origine une bordure non récoltée, un entre-deux où le sauvage et le domestiqué s’entremêlaient. Comme le seuil et l’entrée de la maison, le tiers espace est indispensable. Voilà encore une sagesse insoupçonnée de la Butte Rouge.
Actualités
Donnez votre avis à l’enquête publique « environnementale » (7 avril au 16 mai 2025)
Toute personne est habilitée à déposer sa contribution via la site ou en Mairie.
L’accès aux documents de l’enquête via le lien ci-dessous :
https://www.registre-numerique.fr/etude-impact-cite-jardin-chatenay-
malabry/documents
« Compte tenu de la nature et de l’importance du projet de rénovation urbaine et
de restauration paysagère de la Cité-Jardin, celui-ci est soumis à une étude
environnementale qui doit faire l’objet d’une enquête publique au stade de la
première demande d’autorisation d’urbanisme. »
Elle concerne :
1) le projet municipal de rénovation urbaine de la Cité Jardin
2) la réhabilitation architecturale et la rénovation énergétique de trois bâtiments
avenue Saint-Exupéry
Renseignements :
https://www.notre-territoire.com/enquete/362156
L’avenir de la Butte Rouge se joue désormais au Conseil d’État.
Le classement au rabais de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry permettra de détruire 50% de la Cité-jardin, tout en ne protégeant que partiellement les 50% restants : des associations locales et nationales ont déposé un recours au Conseil d’État contre un arrêté de classement partiel en Site Patrimonial Remarquable (SPR) promulgué par Madame Rachida Dati.
Bonus
Le quartier des Aviateurs vu du ciel
La Butte Rouge vue du ciel nous apparait noyée dans les arbres et la forêt. Ces espaces forestiers entre les petits immeubles rose caractérisent pleinement notre cité-jardin.
Une photo d’archive
En juin 1936, pendant les grèves, le photographe humaniste Pierre Jamet (1910-2000) immortalise les cimentiers de la Butte Rouge exprimant joyeusement leurs revendications.

