L'essentiel
Pâques arrive, la vie renaît, c’est le moment des semailles et des plantations pour garantir l’essentiel : notre nourriture et les biens de première nécessité.
Dans l’infolettre n° 16, nous parlerons des commerces qui, autrefois, étaient florissants à la Butte Rouge, notamment rue Albert-Thomas.
Allons découvrir Albert Thomas, cette personnalité oubliée, et par la même occasion rappelons-nous que besoins et droits fondamentaux vont ensemble, mais, hélas, ne vont jamais de soi.
À nous de nous engager pour les défendre !
L’association Châtenay Patrimoine Environnement
Commerces
Jusqu’au début des années 2000, la Butte Rouge regorgeait de commerces, en particulier rue Albert-Thomas qui, sous ses arcades, abritait de nombreuses boutiques, tout comme la Demi-Lune. Dans un rayon d’une centaine de mètres, on trouvait plusieurs cafés, deux boucheries, une boulangerie, une charcuterie, une mercerie, une épicerie, un magasin de chaussures, un coiffeur et une pharmacie. « Il y avait une âme à la Butte rouge, c’était comme un village dans la ville », se souvient une habitante. « Ma mère a tenu une boulangerie, « La Fraternelle », rue du Général-Duval, dans les années 1950-60 », se souvient un autre résident.
Pour faire ses courses, on sortait de chez soi, on rencontrait ses voisins, on bavardait, on prenait des nouvelles. « Le quartier était très vivant. Le dimanche au marché, c’était le rendez-vous des mamans et des enfants. Pendant ce temps-là, les pères se retrouvaient au café, » raconte une boulangère bien connue à la cité-jardin. C’était le moment des commérages, mais aussi celui de la convivialité. « Un vitrier, un aiguiseur de couteaux passaient dans la rue et signalaient leur présence comme on le faisait autrefois en criant » rajoute la boulangère.
De fait, faire des achats a toujours été une occasion de se mettre en relation avec les autres, producteurs, commerçants, autres clients. Le mot commerce, qui nous est familier, renvoie à un autre sens figuré qui l’éclaire et amplifie son sens, l’idée de liaison, de communication, de relation donc. Ce que l’on trouve dans une expression classique comme celle-ci « être d’un commerce agréable », ou bien dans cette citation de La Bruyère, un auteur du XVIIe siècle, qui écrivait : « Sachez précisément ce que vous pouvez attendre des hommes en général, et de chacun d’eux en particulier, et jetez-vous ensuite dans le commerce du monde. »
Quel triste commerce du monde se profile derrière la fermeture des magasins les uns après les autres à la Butte Rouge ? Derrière les commandes en ligne auprès des géants de l’internet, des livraisons à domicile par des travailleurs précaires ou les caisses automatiques des supermarchés ? Les boutiques de la cité-jardin n’attendent qu’une chose, qu’on puisse lever leurs rideaux sur une époque qui redécouvre les nombreux avantages des services de proximité et appelle de ses vœux de nouveaux quartiers populaires pour demain. La Butte Rouge montre l’exemple depuis près de 100 ans !
Albert Thomas
La rue Albert-Thomas, qui relie l’avenue de la Division-Leclerc à la place François-Simiand*, rappelle à notre souvenir un homme issu d’un milieu modeste qui fit évoluer la société vers plus de justice et la prise en compte du bien-être des ouvriers. Il joua également un rôle déterminant à une période historique cruciale, la 1ère Guerre mondiale. Sa place parmi les hommes et les femmes qui ont œuvré au bien commun en leur temps, et dont les noms de rues à la Butte Rouge portent la trace vivante, relève d’un choix réfléchi.
Impliqué dans le Parti socialiste et le syndicalisme, Albert Thomas fut conseiller municipal à Champigny, puis député socialiste de la Seine pour la circonscription de Sceaux en 1912. Il œuvra pour réduire la durée du temps de travail des ouvriers et la création de pensions de retraites. Dans une lettre à Emile Romanet, industriel grenoblois, il affirme sa conviction : « En dehors de toute idée de solidarité de classes ou de lutte des classes, j’ai toujours professé que le principe fondamental devait être l’entière sincérité, l’entière loyauté entre les classes. »
Lorsque la guerre éclata, c’est à lui qu’incomba la lourde charge de la production d’armement pour les armées. Il fut également responsable de l’organisation du travail des femmes pendant cette période, mais même à ce moment-là il se montra soucieux de la protection des ouvriers et ouvrières : c’est lui qui fit adopter une protection médicale professionnelle, anticipant de 30 ans la loi sur la médecine du travail.
Par la suite, il fut impliqué dans les conférences socialistes internationales qui après-guerre posèrent certains des fondements de la législation ouvrière. Enfin, il fut choisi pour diriger le Bureau International du Travail. « J’ai toujours dit […] que notre Organisation internationale du Travail elle-même n’était pas faite pour établir entre ouvriers et patrons des compromis mensongers, des rapprochements illusoires. J’ai toujours dit : nous avons un programme. Il y a certaines réformes reconnues comme justes par tous, que nous devons chercher, coûte que coûte, à appliquer précisément parce qu’elles sont justes. »
Un siècle plus tard, la question de la justice sociale est plus que jamais d’actualité. Pour cela aussi, la cité-jardin de la Butte Rouge reste une grande source d’inspiration.
* Voir infolettre n°10
Actualités
Butte Rouge : enquête publique « environnementale » (7 avril au 16 mai 2025)
L’accès aux documents de l’enquête via le lien ci-dessous :
https://www.registre-numerique.fr/etude-impact-cite-jardin-chatenay-
malabry/documents
« Compte tenu de la nature et de l’importance du projet de rénovation urbaine et
de restauration paysagère de la Cité-Jardin, celui-ci est soumis à une étude
environnementale qui doit faire l’objet d’une enquête publique au stade de la
première demande d’autorisation d’urbanisme. »
Elle concerne :
1) le projet municipal de rénovation urbaine de la Cité Jardin
2) la réhabilitation architecturale et la rénovation énergétique de trois bâtiments
avenue Saint-Exupéry
Renseignements :
https://www.notre-territoire.com/enquete/362156
L’avenir de la Butte Rouge se joue désormais au Conseil d’État.
Le classement au rabais de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry permettra de détruire 50% de la Cité-jardin, tout en ne protégeant que partiellement les 50% restants : des associations locales et nationales ont déposé un recours au Conseil d’État contre un arrêté de classement partiel en Site Patrimonial Remarquable (SPR) promulgué par Madame Rachida Dati.
