Echos de la Butte Rouge n° 4 – Saison 2

Sommaire

Editorial

ECHOS DE LA BUTTE ROUGE

4Saison 2 – n°4                                                                                                       16 décembre 2025

L'Espérance

    Chères lectrices, chers lecteurs,

Nous approchons de la fin de l’année. À la Butte Rouge, un décalage se creuse entre les discours et la réalité du terrain. Alors que la municipalité parle d’espérance, de patrimoine et d’avenir, le quotidien sur place raconte une autre histoire : celle d’un quartier laissé à l’abandon, d’un projet de rénovation qui efface la mémoire et le génie du lieu. Le contraste entre le discours rassurant et la réalité vécue est au cœur de cette lettre.

Dans la rubrique Actualités, nous faisons un point sur l’année 2025 de l’ACPE : des actions concrètes, des visites, des conférences, des films, pour faire écho à l’histoire de la Butte Rouge et à la nécessité de ne pas l’oublier.

La rubrique Mémoire en chantier poursuit la réflexion sur la signification des symboles. L’espérance, telle qu’elle est mise en scène aujourd’hui à travers une statue nouvelle annoncée Place François-Simiand, peut-elle avoir un sens lorsqu’elle est installée sur un terrain négligé depuis des décennies ?

Enfin, Témoignages offre un espace à celles et ceux qui connaissent la Butte Rouge de l’intérieur. Leurs récits rappellent que l’histoire ne se décrète pas, elle se construit dans le vécu vivant des habitants et des relations qui se tissent au quotidien.

Trois rubriques, une même question : que reste-t-il du sens de l’espérance lorsque ceux qui la proclament sont aussi ceux qui accompagnent sa disparition ?

Bonne lecture et bonnes fêtes de fin d’année ! 🎄

 

Association Châtenay Patrimoine Environnement

Valorisations

ACTUALITÉS

.A.c.tivités autour de la Butte Rouge 2025

Souvenez-vous : dans l’éditorial de notre première infolettre saison 2, l’A.C.P.E. se réjouissait du regain d’intérêt soudainement affiché par la municipalité pour la mémoire des habitantes et habitants de la Butte Rouge. Forte de son engagement de longue date dans la collecte d’archives et la valorisation de la mémoire sociale de la cité-jardin, l’A.C.P.E. a naturellement répondu « présent » à l’appel du service Archives-Documentation dès le mois de juillet 2025. Depuis, nous attendons toujours un retour de ce service public. 🤔

En attendant, rappelons que l’A.C.P.E. a publié 42 textes dans les 21 numéros des Échos de la Butte Rouge afin de révéler le génie du lieu, en donnant une large place aux témoignages, aux images et aux récits des habitantes et habitants. Parallèlement, l’association a constitué et continue de valoriser une importante banque d’images issues du réel de la Butte Rouge, documentant l’existant et les usages du site, à la différence des images de synthèse relayées dans les supports de communication du « projet de rénovation ».

L’année 2025 a été marquée par une mobilisation continue de l’Association Châtenay Patrimoine Environnement en faveur de la connaissance, de la transmission et de la sauvegarde de la cité-jardin de la Butte Rouge, patrimoine urbain, social et paysager d’envergure internationale.

Dès le début de l’année, l’A.C.P.E. a collaboré au fait que la Butte Rouge a trouvé une place dans le champ de la recherche académique à l’occasion du colloque international « Cité-jardin », organisé les 16 et 17 janvier 2025 à l’Université de Rouen Normandie (Mont-Saint-Aignan) dans le cadre du projet de recherche-action HELIOS. Le 16 janvier, Marcos Carvalho-Canto (Cité de l’architecture et du patrimoine, Paris), y a présenté une communication intitulée « La Butte-Rouge : une cité-jardin entre mythe et réalité », dans la session « Villes visibles, villes d’avenir », contribuant à la reconnaissance scientifique de la cité-jardin comme objet majeur d’étude en urbanisme social et patrimonial.

Le 5 mars 2025, l’A.C.P.E. a organisé une visite guidée de la cité-jardin, consacrée au patrimoine paysager et arboré du site. Animée par Louis Vallin, spécialiste des arbres, et Élisabeth Couvé pour l’A.C.P.E., cette promenade a permis de rappeler le rôle structurant du végétal dans le projet originel de la Butte Rouge et la cohérence d’ensemble de cet urbanisme social.

La Butte Rouge a également été pleinement associée au Printemps des cités-jardins d’Île-de-France, du 24 mai au 8 juin 2025. Dans ce cadre, une balade guidée ouverte au grand public a permis de replacer la cité-jardin dans le mouvement international des cités-jardins et de sensibiliser un public élargi à ses valeurs fondatrices et aux enjeux de leur préservation. 

Le 30 mai 2025, la mobilisation pour la sauvegarde de la cité-jardin de la Butte Rouge a bénéficié d’une visibilité internationale dans le cadre de la Semaine internationale d’architecture de Barcelone, à l’Institut français de Barcelone. La soirée s’est articulée autour de plusieurs interventions complémentaires : la projection du film de Paulo Correa, « Six regards sur la Butte Rouge » ; une présentation de Marcos Carvalho-Canto, architecte, intitulée « La Butte Rouge à Châtenay-Malabry, abécédaire pour une œuvre majeure » ; et une intervention d’Élisabeth Couvé, secrétaire de l’A.C.P.E., intitulée « Histoire d’une mobilisation : la sauvegarde de la cité-jardin de la Butte Rouge ».

Cet ensemble a permis de croiser approches architecturales, historiques et citoyennes, et de présenter la Butte Rouge comme une œuvre majeure de l’urbanisme social et un patrimoine vivant à préserver.

À l’automne, l’A.C.P.E. a poursuivi son travail de transmission et de sensibilisation à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, le 21 septembre 2025, avec l’organisation d’une visite guidée de la cité-jardin. Ce temps fort a permis de toucher un public nombreux et diversifié, tout en rappelant les menaces qui pèsent sur l’intégrité du site classé au rabais.

Enfin, le 8 novembre 2025, l’association a participé à une promenade urbaine thématique consacrée au logement social dans l’entre-deux-guerres, organisée par Les Promenades Urbaines. La cité-jardin de la Butte Rouge y a été présentée comme un exemple majeur d’urbanisme social, illustrant la pertinence contemporaine de ses principes fondateurs.

Le 19 novembre 2025, l’A.C.P.E. a par ailleurs participé au tournage d’une séquence consacrée à la Butte Rouge dans le cadre de l’émission « Les Héros du patrimoine », diffusée sur France 3. Cette séquence a contribué à faire connaître auprès d’un large public les enjeux de sauvegarde de la cité-jardin et les mobilisations citoyennes en cours.

À travers ces actions, l’année 2025 confirme le rôle central de l’A.C.P.E. dans la défense, la diffusion et la reconnaissance de la cité-jardin de la Butte Rouge et de sa mémoire architecturale, sociale et paysagère, tant à l’échelle locale, que nationale et internationale, et réaffirme la nécessité de préserver ce patrimoine vivant face aux logiques de démolition et de banalisation

Nous vous ferons part de nos actions juridiques et citoyennes dans une prochaine infolettre. Le « projet de rénovation de la Cité-Jardin » ne fait nullement l’unanimité.

Mise en lumière

MÉMOIRE EN CHANTIER

L’Espérance après la destruction

 

La statue « L’Espérance », de Carlo Sarrabezolles, annoncée par la mairie pour la place François-Simiand, veut peut-être apparaître comme un signe d’avenir. Mais alors que la démolition d’une partie de la Butte Rouge est annoncée, une question s’impose : à quoi, et à qui, cette espérance est-elle censée répondre ?

Conçue en 1932, dans le contexte post Première Guerre mondiale, L’Espérance n’était pas une promesse optimiste. Chez Sarrabezolles, l’espérance est ce qui subsiste après la catastrophe : une tenue morale grave, silencieuse, qui suppose une épreuve collective reconnue et une mémoire encore vivante. Elle naît d’un monde détruit.

Or ici, le contexte est tout autre — et c’est précisément là que le sens se déplace.

François Simiand, dont la place porte le nom, a montré que les symboles ne prennent sens que lorsqu’ils sont portés par des réalités sociales concrètes. Détachés des conditions de vie, des pratiques et des rapports réels, ils cessent d’agir et deviennent des formes vides, voire des écrans.

À la Butte Rouge, le symbole se heurte à une réalité documentée : un bâti laissé à l’abandon, des immeubles non entretenus, murés, vidés progressivement de leurs habitants. Cette situation n’est pas une fatalité naturelle ; elle est le résultat d’un choix durable de négligence, reconnu cette année par une sanction de l’ANCOLS, qui a infligé une forte amende au bailleur sociale pour défaut d’entretien. C’est sur ce terrain fragilisé volontairement que s’avance aujourd’hui un discours d’« espérance ».

Dans ce contexte, l’annonce de la démolition (voir infolettre 2 S2) apparaît moins comme une réponse que comme l’aboutissement logique d’un abandon organisé. La question devient alors inévitable : la statue fait-elle référence à ce qui est détruit, à ce qu’on a volontairement laissé se dégrader, à ceux qui ont été déplacés ? Ou vient-elle au contraire neutraliser symboliquement cette histoire récente ?

La comparaison avec la sculpture de Karl-Jean Longuet, dédiée à Salvador Allende dans le parc Léonard-de-Vinci, rend le contraste évident. Là, le geste des bras levés est indissociable d’une histoire précise : résistance politique, fidélité à une lutte, mémoire d’un peuple confronté à la violence de la dictature. Même sans cartel explicatif, qui fait défaut actuellement, le sens demeure lisible.

La statue annoncée pour la place François-Simiand reprend presque le même geste, mais sans dire à quoi elle se rattache. Elle semble flotter au-dessus du terrain : même verticalité, mais sans lien explicite avec l’histoire sociale, urbaine et politique du lieu. Le sens originel de l’œuvre de Sarrabezolles, née d’un monde ravagé par la guerre, se trouve ici déplacé, esthétisé, rendu inoffensif. 

Le mot espérance renvoie pourtant à Elpis dans le mythe de Pandore : non pas une promesse radieuse, mais ce qui reste au fond de la jarre quand tout le reste a été dispersé. Or ce qui reste aujourd’hui à la Butte Rouge n’est pas une abstraction : ce sont des habitantes et des habitants qui tiennent encore face au projet de démolition, une mémoire urbaine et sociale reconnue bien au-delà de la ville, et une histoire politique inscrite dans les noms mêmes des rues.

La statue annoncée ne masque donc pas la situation au final. Elle la rend plus visible. Elle met en lumière, malgré elle, l’écart entre le discours de l’espérance et la réalité d’une destruction précédée d’une négligence documentée. Elle rappelle que l’espérance ne peut pas être proclamée pendant que l’on laisse se dégrader ce qui la rend possible. C’est pourquoi la statue se retourne: elle révèle plutôt qu’elle ne recouvre. Elle devient, malgré elle, un signe qui pointe vers ce qui manque — et vers ce que le lieu, à la Butte Rouge, refuse d’oublier.

Amnésies

GÉNIE DU LIEU

Témoignages

Le projet de rénovation actuel n’associe pas les habitants de la Butte Rouge, puisqu’ils sont déjà partis pour bon nombre d’entre eux. Lors de la dernière rénovation de la cité-jardin historique, à la fin des années 1980, la politique était tout autre puisqu’il s’agissait alors d’une rénovation pour et avec les habitants, ceux-ci pouvant exprimer leurs demandes quant aux logements qu’ils occupaient, et pouvant les conserver.
Une vraie politique de mixité sociale avait été mise en place, des ouvriers des usines et de l’aérodrome de Villacoublay y côtoyaient des ingénieurs et des enseignants, cela a été le cas jusqu’aux années 80. Une habitante se souvient que l’on venait du monde entier, ainsi : « Nous les enfants, on avait appris l’hymne italien pour accueillir l’ambassadeur italien. Ou lors de la visite de Khroutchev arrivé à Villacoublay, on avait repeint les façades là où devait passer le cortège officiel. »
Des habitants et habitantes de la Butte Rouge se souviennent qu’on pouvait y être de passage ou y habiter de façon prolongée. Les relations de voisinage étaient bonnes.
« Il y avait beaucoup de personnes issues de la migration nord-africaine et portugaise, il y a eu des Yougoslaves aussi, des réfugiés de guerre et des personnes en transit, comme les Gitans qui avaient installé leur camp dans la forêt. On n’a jamais eu de problèmes. On se connaissait, et on jouait avec leurs enfants. Il y avait une âme à la Butte Rouge. Les gens n’étaient pas riches mais on y était heureux » affirme V., boulangère à la Butte Rouge depuis des décennies.
Un habitant, qui n’a jamais quitté la Butte Rouge, évoque une période « … où la cité-jardin était très vivante et était portée et soutenue par la mairie et les élus. Tout est porteur de mémoire, habitants, habitations, noms de rues. Une population complètement renouvelée signifie la perte de la mémoire, on perd sa mémoire par morceaux, un bâtiment après l’autre. Les promoteurs immobiliers, ce sont les promoteurs de la maladie d’Alzheimer. »

Bonus n°1

Nous sommes des « Héros du Patrimoine » !

France 3 est venue à la Butte-Rouge pour présenter le combat mené par nos
associations de défenses du patrimoine.
Ce reportage est disponible dans le documentaire « les Héros du Patrimoine »
diffusé le 19 novembre 2025 et visible en replay sur le sur site de France TV.


Vous pouvez consulter ici l’extrait de 4‘’30’’ consacré à la Butte-Rouge

BONUS

Dans cette vidéo, Ginette Baty-Tornikian (1943-2023) nous parle de l’utopie des cité-jardins et comment ce mode de vivre et d’habiter dans un milieu proche de la nature renforce le vivre-ensemble.

Sauvons la cité-jardin de la Butte Rouge

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