ECHOS DE LA BUTTE ROUGE
Saison 2 – n°7 10 mars 2026
Raison garder

Chères lectrices, chers lecteurs,
Le printemps est de retour, nous nous approchons de l’équinoxe — le temps de l’équilibre. Face aux polémiques politiciennes, gardons les pieds sur terre : regardons les faits et restons lucides pour éclairer les choix qui détermineront notre avenir.
Dans notre précédente infolettre, nous posions une question simple :
qu’est-ce qui garantit réellement la stabilité d’un quartier ?
Une restructuration lourde, étalée sur de longues années, impliquant des ruptures profondes dans un tissu urbain existant ?
Ou une réhabilitation raisonnée, menée dans un temps maîtrisé ?
Depuis, l’actualité internationale nous rappelle combien les équilibres économiques, politiques et énergétiques peuvent se dégrader rapidement. Dans un monde marqué par l’incertitude, la manière de concevoir les transformations urbaines devient une question essentielle.
Les villes qui traversent le mieux les crises sont celles qui savent s’appuyer sur leurs qualités existantes. La Butte-Rouge possède précisément des qualités exceptionnelles de résilience et d’adaptabilité.
Cette sagesse de l’intérêt commun se heurte à la logique des transformations urbaines qui tendent à s’organiser autour de projets lourds. Ceux-ci engagent durablement l’avenir des territoires tout en retardant leur réalisation au grand dam des habitants.
Dans cette infolettre, nous rappelons ce que nous proposons — avec d’autres associations, personnalités et experts — depuis de nombreuses années : une réhabilitation capable d’améliorer les logements tout en préservant les forces et les équilibres qui font la singularité de la cité-jardin.
Avec, toujours, raison garder, comme le rappelle la pensée des nombreuses personnalités honorées dans les noms des rues de la Butte Rouge.
Association Châtenay Patrimoine Environnement
Réhabiliter à
100 %
ACTUALITÉS

Une alternative réaliste et résiliente existe
Il est utile de rappeler qu’une rénovation respectueuse de la cité-jardin a déjà été étudiée.
En 2015, l’architecte-urbaniste Claire Schorter, avec la paysagiste Jacqueline Osty, avait été missionnée par l’Office HLM départemental (Hauts-de-Seine Habitat) pour élaborer un plan-guide de réhabilitation globale de la Butte-Rouge fondé sur l’amélioration des logements et la préservation de l’équilibre urbain et paysager du quartier.
Ce travail montrait qu’il est possible d’adapter la cité-jardin aux besoins contemporains sans recourir à des démolitions massives.
Depuis, Claire Schorter a reçu le Grand Prix de l’urbanisme en 2024, distinction nationale qui a notamment salué une approche de l’urbanisme attentive aux enjeux écologiques contemporains : sobriété foncière, transformation de l’existant, préservation des sols et des paysages, et adaptation des villes au changement climatique.
Après le transfert de la cité-jardin en 2018 au bailleur Hauts-de-Bièvre Habitat, le projet a été réorienté dans le cadre d’un protocole avec l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU) visant une transformation irréversible du quartier avec un maximum de destructions. L’agence de Claire Schorter s’est par conséquent retiré de ce projet d’urbanisme productiviste (voir la conclusion de cet article). Ce projet retarde considérablement la rénovation, sans que les bâtiments soient correctement entretenus entre-temps.
Depuis, de nombreuses mobilisations d’associations et d’experts continuent à plaider pour une réhabilitation raisonnée de la cité-jardin, notamment par la demande expresse de classer 100% de la Butte Rouge en site patrimonial remarquable. Lors de l’enquête publique sur le classement de la cité-jardin de la Butte-Rouge (juin 2024), la commissaire enquêteure avait rendu un avis favorable sous réserve.
Cette réserve portait sur l’étendue de la protection : elle recommandait que le classement soit étendu à l’ensemble du périmètre de la cité-jardin, afin de préserver la cohérence urbaine, architecturale et paysagère de cet ensemble exceptionnel.
La décision finalement prise par le ministère de la Culture, sous l’autorité de Rachida Dati, n’a cependant concerné que la moitié du quartier. Cette protection partielle rend donc possible des projets de démolition sur les secteurs restés hors classement. Un recours est en cours devant le tribunal administratif.
Dans le même temps, le projet actuel prévoit une densification d’environ 1000 logements supplémentaires, la réduction drastique du nombre de logements sociaux, la suppression de nombreux arbres pour la création de parkings.
L’ensemble conduit à installer durablement le quartier dans une phase de transition longue et profondément déstabilisante, dont le coût humain et financier, ainsi que l’impact urbain, écologique et social restent difficiles à mesurer.
Nous déplorons ce choix politique forcé qui ajoute de l’instabilité et des prises de risques inutiles à un monde incertain. Tant de temps perdu depuis 2015 : la cité-jardin aurait pu être parfaitement réhabilitée aujourd’hui.
Penser à 100 %
MÉMOIRE EN CHANTIER


Des voix qui élèvent le débat
La Butte-Rouge n’est pas seulement un ensemble urbain remarquable. Ses rues portent les noms de penseurs, de réformateurs sociaux et de figures de l’émancipation qui ont marqué l’histoire intellectuelle et politique de la France.
À travers ces noms, la cité-jardin rappelle une tradition : celle d’un progrès social fondé sur la raison, la justice et l’intérêt commun.
Dans un débat souvent réduit à des slogans et des éléments de langage, ces voix invitent à prendre de la hauteur et à suivre un chemin simple — qu’il s’agit, lui aussi, de réhabiliter : penser, comprendre la société, former les citoyens, agir pour la justice, et garantir un cadre de vie digne.
Léonard de Vinci
« Qui pense peu se trompe beaucoup. »
— Codex Atlanticus, Carnets
Émile Durkheim
« La société n’est pas une somme d’individus. »
— Les Règles de la méthode sociologique, 1895
Marie Bonnevial
« L’instruction est la base de toute émancipation. »
— Interventions syndicales des instituteurs, fin XIXᵉ siècle
Lucien Herr
« La justice est la vérité en action. »
— Correspondance et écrits politiques
Charles Longuet
« La République doit être sociale. »
— Articles dans La Justice, années 1880
Francis de Pressensé
« La vérité est le premier devoir de la démocratie. »
— Écrits dreyfusards
François Simiand
« Il faut se défier des idées toutes faites. »
— La méthode positive en science économique, 1912
Marcel Sembat
« La démocratie suppose des citoyens éclairés. »
— Discours politiques, début XXᵉ siècle
Léon Blum
« Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté doit commencer par leur garantir l’existence. »
— À l’échelle humaine, 1945
Antoine de Saint-Exupéry
« L’avenir, tu n’as pas à le prévoir mais à le permettre. »
— Citadelle, 1948
Henri Sellier
« Les cités-jardins sont une œuvre sociale avant d’être une œuvre d’architecture. »
— Conférences sur les cités-jardins, années 1920
Maryse Bastié
« L’impossible recule toujours devant celui qui avance. »
— Propos autobiographiques
Ces pensées nous avertissent également que toute vision pour réhabiliter la Butte Rouge doit être au service de l’œuvre — et non pas l’inverse.
Assurer à 100 %
GÉNIE DU LIEU

Fuites d’eau et de responsabilité
Un très fort sentiment d’abandon et de désintérêt de la part du bailleur et de la mairie est unanimement exprimé par de nombreux habitants de la Butte Rouge, comme l’illustrent ces témoignages. À qui la faute ?
« Moi, j’habite dans la Butte depuis très longtemps, quand on voit ce qu’elle est devenue, la dégradation, la saleté et l’explication qui m’a été donnée, c’est que ce sont les habitants qui sont sales, j’ai du mal à croire certaines promesses. »
« On n’en peut plus, aucun des travaux indispensables, même la minuterie électrique dans notre immeuble, en panne depuis six mois, n’est fait chez nous. Ce que la mairie nous dit c’est qu’il y a des gens qui bloquent les travaux de rénovation, on n’arrive pas à contacter le bailleur.
« Je connais un monsieur de 80 ans qui n’a pas eu de chauffage à partir de l’automne, parce que lorsque le réparateur est venu fin octobre, il a constaté que la chaudière ne fonctionnait plus, une pièce manquait. Il n’est plus jamais revenu. Ce qui fait que ce monsieur âgé était sans chauffage en janvier en particulier pendant la période de grand froid et de neige. »
Souvent les locataires se retrouvent avec des problèmes de fuites ou de robinetterie qu’ils doivent régler eux-mêmes car, les réparateurs mandatés leur répondraient qu’ils ne peuvent faire la réparation :
« Votre équipement est trop ancien » ou « On n’a pas de contrats pour ce type de problème ».
Ce qui fait que bien que les locataires paient leurs charges, ils doivent également assurer l’entretien de leur appartement.
Pourquoi rester vivre à La Butte Rouge dans ces conditions ?
« Ils veulent nous faire déménager, mais ils nous ont dit qu’il n’y aurait pas de retour possible, alors on reste ».
Les habitants sont attachés à un lieu de vie, pas à un logement abstrait.
Ce sont des personnes uniques avec des trajectoires uniques vivant dans une cité-jardin unique — pas des variables d’ajustement dans un plan immobilier échafaudé par des décideurs extérieurs.
Informer à 100 %
BONUS
Le combat des locataires contre la destruction de leurs logements
Un reportage France 3 que vous pouvez visionner ici :
Sauvons la cité-jardin de la Butte Rouge
APPELS À DONS

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L’Association Châtenay Patrimoine Environnement est un organisme d’intérêt général. Pour tout don supérieur à 30 €, il vous sera dressé un reçu fiscal, qui donne droit à une réduction de 66% du montant du don.
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