ECHOS DE LA BUTTE ROUGE
Saison 3 – n°1 14 septembre 2026
LA BUTTE ROUGE À VENIR

Chères lectrices, chers lecteurs,
Depuis deux saisons, les Échos de la Butte Rouge racontent la cité-jardin de Châtenay-Malabry, un lieu que l’on regarde encore trop souvent sans le voir véritablement.
La première saison a remis en lumière un quartier délaissé depuis bien trop longtemps : son histoire sociale, son architecture, ses paysages, ses couleurs, ses chemins et les vies qui lui donnent un visage.
La deuxième a examiné le discours du « projet de rénovation » et ce qu’il tait, voire masque : les démolitions, la densification, la diminution du nombre de logements sociaux, le départ d’habitants, la disparition d’arbres, et finalement la transformation profonde d’un ensemble pourtant conçu comme un tout.
Cette troisième saison partira d’une autre conviction : l’avenir de la Butte Rouge n’est pas écrit. Nous pouvons l’imaginer, le discuter et commencer à le construire en commun.
Mais nous ne partons pas d’une page blanche. L’été 2026 hors norme nous a adressé des avertissements très concrets. Les vagues de chaleur s’intensifient, les forêts brûlent, l’eau se raréfie, l’énergie et les matériaux coûtent davantage et leur disponibilité devient plus incertaine. Les équilibres géopolitiques se fragilisent. Les inégalités se creusent et le logement abordable manque partout.
Or le « projet de rénovation » continue de reposer sur des principes de consommation destructrice conçus avant que ces réalités ne deviennent criantes. Ce projet n’est pas seulement dépassé : le monde sur lequel il a été pensé n’existe plus !
Il ne suffit donc plus de demander quelle Butte Rouge nous préférons. Il faut demander quelle Butte Rouge demeure possible dans le monde qui vient.
C’est à cette réalité nouvelle que tout projet pour la cité-jardin doit se confronter. On ne peut pas prétendre préparer l’avenir en ignorant les conditions mêmes dans lesquelles il faudra vivre. Il s’agit de préserver un monde vivable et non d’édifier une fiction hors sol.
L’urgence est de ne plus engager l’irréversible avec les réflexes d’un monde révolu. Car la Butte Rouge est déjà ce dont rêve la ville de demain.
Horizon 2040
Faisons un saut de quinze ans.
Nous sommes à la Butte Rouge, un matin d’été, après plusieurs jours de forte chaleur.
Les fenêtres s’ouvrent sur des logements réhabilités. Les façades ont conservé leurs teintes et leurs proportions. L’isolation, la ventilation et les équipements ont été améliorés ; les appartements traversants profitent à nouveau pleinement de la lumière et de l’air qui avaient guidé leur conception.
Dehors, les grands arbres sont toujours là. Leur ombre protège les façades, les chemins et les lieux où l’on s’arrête. Les vieux chênes ont été suivis et soignés ; de jeunes arbres résistants à la chaleur ont été plantés assez tôt pour préparer la relève. Les sols absorbent les pluies. L’eau nourrit les jardins et tempère les journées les plus chaudes. Entre les immeubles, des enfants jouent, des voisins discutent, une personne âgée se repose à l’ombre.
Les habitants n’ont pas été considérés comme une population à déplacer pour libérer du terrain. Ils ont participé à la réhabilitation de leur quartier et ont pu y rester. Les logements sociaux demeurent le cœur de la cité-jardin. Ils ont été adaptés aux besoins d’aujourd’hui, Rien de tout cela ne relève d’un décor nostalgique. Cette Butte Rouge est plus habitable, plus économe, plus fraîche et plus solidaire. Elle a été réhabilitée, adaptée, bonifiée. Elle est entrée dans l’avenir sans être sortie de l’histoire.
Pendant longtemps, on nous a appris à reconnaître le progrès à un signe simple : l’ancien disparaît, le neuf prend sa place. Mais cette équation oublie ce qui reste hors champ : le coût humain et écologique des démolitions, les matériaux consommés et gaspillés, les déplacements imposés, les années de chantier.
Le paradoxe de la Butte Rouge est là : ce que l’on présente comme ancien — des bâtiments déjà construits, des arbres adultes, des sols de pleine terre, des logements sociaux insérés dans un paysage — constitue précisément les ressources dont la ville de demain a besoin. Et ce que l’on continue de présenter comme moderne — démolir, reconstruire, densifier, remplacer — porte en lui des coûts humains, écologiques et matériels que notre époque ne peut plus se permettre.
Le progrès consiste désormais à faire mieux avec ce qui est déjà là : réparer, adapter, bonifier plutôt qu’effacer pour reconfigurer. La modernité n’est plus dans le neuf à tout prix. Elle est dans notre capacité à faire durer.
C’est le pari de cet horizon 2040. Car entre la table rase et la réhabilitation de l’existant, le réel est déjà en train de trancher. Plus les bouleversements avancent, plus les méthodes d’hier apparaissent comme une voie sans issue.

Une cité-jardin, laboratoire du réel
La Butte Rouge est née d’une ambition qui paraissait immense : offrir aux familles modestes des logements sains, confortables et lumineux, associés à la nature et aux équipements collectifs. Ce projet associait architecture et santé, paysage et vie sociale, logement et dignité.
Près d’un siècle plus tard, cette ambition redevient étonnamment contemporaine.
Comment vivre dignement avec des étés plus chauds ? Comment diminuer la consommation sans multiplier les démolitions et le carbone ? Comment préserver les sols et l’eau ? Comment adapter les logements sans pousser dehors leurs habitants ? Comment faire du patrimoine autre chose qu’une image ? Comment décider lorsque les conséquences d’un projet engagent plusieurs générations ?
Toutes ces questions se rencontrent ici. C’est pourquoi l’avenir de la Butte Rouge dépasse les soixante-dix hectares qu’elle occupe. Une réhabilitation exemplaire pourrait montrer qu’un grand ensemble de logements sociaux peut devenir un modèle contemporain sans renoncer à son histoire, à son paysage, ni à sa population.
Elle pourrait surtout montrer que l’urgence n’oblige pas à sacrifier. Elle peut au contraire nous rendre plus attentifs, plus inventifs et plus solidaires.
Le débat n’oppose donc pas ceux qui voudraient conserver le passé à ceux qui prépareraient l’avenir. Il oppose deux manières d’entrer dans l’avenir : l’une continue de démolir, consommer et remplacer ; l’autre choisit de réparer, adapter et transmettre.
La Butte Rouge comme bien commun
La Butte Rouge appartient à ses habitants par les vies qu’ils y ont inscrites. Elle appartient aussi à l’histoire du logement social, à l’histoire de l’architecture et du paysage, à la ville de Châtenay-Malabry et aux générations qui nous succèderont.
La considérer comme un bien commun ne signifie pas nier les titres de propriété ou les responsabilités institutionnelles. Cela signifie reconnaître qu’aucun acteur ne peut, à lui seul, en épuiser la valeur ni décider légitimement de son avenir sans les autres.
Un bien commun est une richesse dont on prend soin ensemble, selon des règles qui permettent de la faire vivre et de la transmettre sans la trahir. Ici, tout se tient : les bâtiments, les arbres, les sols, l’eau, les espaces ouverts, la vocation sociale, la mémoire et les usages forment une même cité-jardin.
Séparer ces éléments, c’est perdre ce qui fait la Butte Rouge. Préserver quelques façades tout en bouleversant le paysage et la population ne préserverait pas l’œuvre. Conserver des arbres isolés tout en détruisant les continuités du sol et de la canopée ne préserverait pas le jardin. Célébrer la mémoire tout en faisant partir ceux qui la portent ne préserverait pas l’histoire sociale.
Prendre soin de la Butte Rouge comme d’un bien commun, c’est donc refuser de la découper en morceaux. Chaque réhabilitation doit être pensée pour ce qu’elle apporte à l’ensemble — au lieu, au paysage et à ceux qui l’habitent.

Échos de la Butte Rouge Saison 3
Tous les deux mois, à partir du mois d’octobre, cette troisième saison ajoutera une pièce pour édifier la Butte Rouge de demain.
Nous entrerons dans un logement réhabilité. Nous suivrons l’eau des toits aux jardins. Nous regarderons comment les arbres, les sols et les bâtiments peuvent former une véritable infrastructure climatique. Nous imaginerons des espaces communs, des services de proximité et des cheminements adaptés à tous les âges. Nous chercherons comment réhabiliter sans déplacer, réparer sans effacer, adapter sans perdre ce qui fait la force du lieu.
Il ne s’agit pas d’inventer un contre-projet tombé du ciel, mais d’explorer des possibles ancrés dans le réel : les qualités déjà présentes, les besoins des habitants, les savoirs professionnels et les possibilités déjà étudiées. Numéro après numéro, nous examinerons des pistes concrètes.
La Butte Rouge de demain ne sera ni la mise sous cloche de celle d’hier, ni un quartier interchangeable construit à sa place. Elle peut devenir une cité-jardin pleinement contemporaine, fidèle à sa vocation sociale et façonnée avec ses habitants.
Car nous n’avons pas le droit d’aggraver aujourd’hui les vulnérabilités de demain. Détruire avant d’avoir épuisé les possibilités de réparation, remplacer des arbres adultes par la promesse d’« espaces verts », raréfier le logement social ou disperser une communauté vivante : ce ne sont pas des fatalités. Ce sont des choix délibérés. Ils peuvent donc être contestés — et d’autres choix peuvent être faits.
Imaginer cet avenir, c’est reprendre collectivement le droit de décider de ce qui mérite d’être transmis — et refuser qu’un projet hérité du monde d’hier décide irréversiblement de la Butte Rouge de demain.
Alors, regardons devant nous. L’avenir de la Butte Rouge a déjà commencé.
Association Châtenay Patrimoine Environnement
Lanceurs d'alerte
ACTUALITÉS
Visite de la Butte Rouge avec des spécialistes du Mouvement Moderne
Une nouvelle visite de la Butte Rouge, organisée par DOCOMOMO (DOcumentation et COnservation des édifices et sites du MOuvement MOderne), France, a eu lieu samedi 5 septembre 2026, en compagnie de Barbara Gutglas, architecte-urbaniste, Louis et Marc Sirvin, architectes et Bernardette Blanchon, architecte paysagiste.
L’association DOCOMOMO, créée en 1991, rassemble des personnes d’horizons variés : historiens, architectes, étudiants, enseignants, professionnels du patrimoine, citoyens et toute personne animée par son engagement pour la valorisation et la protection de l’architecture, de l’urbanisme et des paysages du XXe siècle. Elle intervient en France dans le cadre d’un réseau international de compétences, fédéré par l’ONG du même nom DOCOMOMO international.
Ses activités ont pour objectif :
- La reconnaissance des valeurs du patrimoine architectural du XXe siècle, héritage parfois mal considéré,
- la constitution d’un inventaire du patrimoine accessible à tous, susceptible de servir de fondement objectif aux actions mises en œuvre,
- l’organisation d’activités pédagogiques et éducatives pour sensibiliser, guider et instruire le grand public,
- le partage et la transmission des connaissances du patrimoine XXe siècle,
- le lancement d’alertes lors de menaces de démolition d’édifices ou sites remarquables.
Signez la pétition
BONUS

Une pétition lancée par le collectif Sauvons la Butte Rouge est en ligne, elle a déjà recueilli plus de mille trois cents signatures.
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Via le lien ci-dessous, ou le QR code ci-contre.
Sauvons la cité-jardin de la Butte Rouge
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